Accueil > L’Enfant pied-noir

Critiques / Théâtre

L’Enfant pied-noir

par Jacky Viallon

Le drame qui gronde

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

L’adaptation à la scène du livre d’Elie-Georges Berreby, L’Enfant pied-noir (Ed.Actes-Sud), semble bien restituer l’ambiance décrite par l’auteur. La metteur en scène et adaptatrice Marie-Christine Bras fait émerger des images fortes, servies par deux bons comédiens : Albane Aubry, à la présence physique évidente, qui sait se souvenir de ses qualités de danseuse, et Christian Pélissier qui campe avec une assurance tranquille divers personnages hauts en couleurs échappés de l’inconscient collectif autour d’Alger l’ensoleillée.

De la beauté à l’obscurité

Puis - et là, la théâtralisation du roman semble bien fonctionner - au-delà de cette tranquillité moelleuse, on perçoit le léger murmure d’un drame naissant. On devine l’Histoire qui se met inexorablement en route. Toute la beauté des sentiments, de la nature et du soleil va s’assombrir dans la tragédie qui sera ensuite vécue. Même si on connaît le déroulement terrible qui s’ensuit, on tente dans la première partie de l’oublier ou tout au moins de ne pas y songer. Tel ce fragment où le narrateur dit naïvement, en regardant le vieux port : « Regarde avec tes yeux, partout c’est beau ! » Il y a dans cette réplique toute l’urgence prémonitoire à vouloir savourer la vie avant les « événements ». Ou quand il ajoute à propos de la Casbah : « On passe du village italo-espagnol au village judéo-arabe et avec toutes ces musiques qui inondent les rues, c’est comme si on changeait de pays ».

Explorer le jeu subtil de la mémoire

L’action se déroule en 1954 en Algérie mais on pressent déjà la perte du bonheur. C’est justement cette menace omniprésente qui constitue l’un des aspects fondamentaux, mais feutrés, de cette œuvre délicate. Dans le travail théâtral qui en est fait, l’intention du metteur en scène est d’« explorer le jeu subtil de la mémoire (...) les fils invisibles tendus entre les personnages et celui qui les raconte ».

On ne peut pas faire l’impasse sur ce nouveau lieu d’expression théâtrale qu’est L’Aire Falguière. Ce petit théâtre de quartier a vu le jour en mars 2003 grâce à la volonté farouche de Geneviève Rozental. Elle n’y programme que des auteurs actuels. Aussi prend-elle le risque complet du défrichage : animer un lieu dans un quartier sans passé artistique et soutenir des auteurs contemporains, ce que ne font pas forcément les structures plus nanties. Ce lieu mérite d’être soutenu dans la pluralité de ses disciplines : spectacles jeune public, lectures-spectacles de textes contemporains, ateliers d’écriture en direction de la poésie, etc.Des animations de quartier courageuses et tellement nécessaires.

L’Enfant pied-noir, d’Elie-Georges Berreby, ed. Actes Sud. Mise en scène et adaptation : Marie-Christine Bras. Avec Albane Aubry et Christian Pélissier. Jusqu’au 19 février et prolongations. Jeudi et vendredi à 20 h 30 - Samedi-dimanche à 17 h 30. Théâtre de l’Aire Falguière, 55 rue la Procession, Paris 15e. Tel : 01 56 58 02 32.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.