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Critiques / Opéra & Classique

L’Elisir d’amore

par Caroline Alexander

La bouffonnerie rurale de Laurent Pelly

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Effet boule de neige ? Trois mois après Nancy, L’Elixir d’amour de Donizetti, ce petit bijou de melodramma giocoso, comédie lyrique, trop rarement jouée, s’installe jusqu’au 15 juillet à l’Opéra Bastille dans une production toute neuve et toute campagnarde signée Laurent Pelly. Il est l’homme dont on attend beaucoup dans le registre des divertissements musicaux haut de gamme. Avec son hilarante Platée de Rameau ou ses Offenbach total loufoques - La Belle Hélène, Orphée aux Enfers, La Grande Duchesse de Gerolstein - il s’est taillé un habit de bon faiseur de rires. Les délices du faux philtre d’amour du bonimenteur-apothicaire Dulcamara allaient forcément lui donner des démangeaisons de gags. Ils sont au rendez-vous dans une vision campagnarde qui puise son inspiration dans le cinéma italien des années 50 avec ses petites gens tendrement filmées par un Vittorio de Sica.

Sous le ciel doré et sous les étoiles filantes

Des bottes de foin forment d’improbables pyramides où se nichent un parasol rouge, un petit matelas, une étagère de livres, quelques lampes de chevet et un poteau renversé... Un acte plus loin, une Trattoria fait son apparition en bord de champs, des jeunes hommes et des jeunes femmes y circulent en vélos, en Vespas, tracteurs ou camionnettes de forains. Un petit chien roux traverse le plateau en cabot parfaitement dressé. Adina, Nemorino et leurs copains s’habillent chez Tati ou aux Puces, façon Deschiens - ce qui est devenu un label en soi. Rien de très neuf en vérité sous le ciel doré et sous les étoiles filantes de cette bouffonnerie rurale bon enfant qui ronronne comme un nid de cigale au soleil de Provence. C’est charmant, amuse sans esbroufe et ne dérange personne. Mais manque de poésie.

Le quotidien se prend les pieds dans la paille

On est loin de la magie de ce chef d’œuvre de fantaisie et de rêves où le canevas de la commedia dell’arte flirte avec le monde des fées. Un conte que le metteur en scène colombien Omar Porras avait si délicieusement transposé à Nancy parmi des volatiles aux becs pointus et aux plumes en pétard. Chez Pelly, le plaisir est plus terre-à-terre, c’est le quotidien qui se prend les pieds dans la paille et la charge sociale du pouvoir de l’argent domine la charge féerique de la fable. A défaut de brillance et de virtuosité, la direction d’orchestre du jeune chef anglais Edward Gardner a le mérite de la discrétion, s’effaçant volontiers pour laisser champ libre aux chanteurs : une Adina pulpeuse mais vocalement un peu pâle où Heidi Grant Murphy ne retrouve pas la verve déployée dans sa Suzanne des récentes Noces de Figaro au Palais Garnier, le timbre clair et le jeu gentiment patapouf de Paul Groves en Nemorino, les débordements clownesque de Laurent Naouri en Belcoro déguisé en Capitaine Haddock, enfin l’apanage, la verve et la puissance vocale Ambrogio Maestri, baryton italien de 35 ans, véritable phénomène de présence burlesque et vedette assurément de cette distribution. Qui se produira jusqu’au 27 juin avant de laisser placer à une autre équipe.

L’Elisir d’amore de Gaetano Donizetti, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Edward Gardner, mise en scène et costumes Laurent Pelly, décors Chantal Thomas, avec Heidi Grant Murphy, Paul Groves, Laurent Naouri, Ambrogio Maestri, Aleksandra Zamosjska (les 30 mai, 2,7,11,14,20,23,27 juin) - puis : Ekaterina Syurina, Tomislav Muzek, Mariusz Kwiecien, Alberto Rinaldi, Aleksandra Zamojska (les 3,5,7,10,12 & 15 juillet) - 08 92 89 90 90.

Crédit photos : Eric Mahoudeau / Opéra National de Paris

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