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Critiques / Théâtre

L’Ecole des femmes de Molière

par Gilles Costaz

C’est une femme qu’on met en cage

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L’abondance de nouvelles mises en scène de L’Ecole des femmes tout au long de ces dernières années aurait tendance à susciter de l’irritation et de la méfiance à l’égard de tout spectacle se reposant sur cette pièce trop connue, généralement additionnée au nom d’un acteur très connu. Ici, c’est Pierre Santini. Alors cette mise en scène par Armand Eloi est-elle à jeter aux orties ? Dès la première minute, on sait que ce ne sera pas le cas. Elle est si belle, l’image qui ouvre la pièce : Agnès comme sur une branche, suspendue dans une cage qui est une immense cage d’oiseau. Ainsi Agnès est-elle dans cette mise en scène : une très jeune fille qu’on a emprisonnée et réduite à sa joliesse immobilisée. L’actrice, Anne-Clotilde Rampon, double sa grâce juvénile d’un art subtil à suggérer le secret et le songe. Aussi l’aime-t-on à tout moment, sans s’arrêter à la réplique « Le petit chat est mort ».
Avec sa cage, ses grilles, son allée du fond où tant de choses se passent – comiques, ou bien mystérieuses -, la mise en œuvre, un rien sarcastique, de la pièce respire ici le vent de la révolte. L’Ancien Régime s’accroche aux grilles, le nouveau arrive et va la l’emporter. Arnolphe lui-même, l’homme qui a cru transformer un beau brin de fille en gourde obéissante, pourrait bien tâter de la cage à son tour. Ce qui est neuf, ou tout au moins bienfaisant et renouvelé, dans ce spectacle, c’est la lumière discrète mais indestructible d’Agnès, grâce à Anne-Clotilde Rampon, et c’est la force sombre de l’interprète du rôle d’Arnolphe. Pierre Santini ne cherche pas à réhabiliter l’homme trop mûr qui séquestre une gamine trop fraîche. Il en rajoute au contraire dans l’ignominie courtoise. Il a de bonnes manières, cet Arnolphe, mais c’est un vrai gredin. Santini n’en étouffe pas pour autant son cœur battant : ce propriétaire terrien et charnel aime la petite, il souffre d’amour et du sentiment de trahison, mais rien ne l’anoblit. C’est vraiment un sale type ! Autour de lui il y a Horace qui, grâce au jeu de Jimmy Marais, est plus vif, plus ingénieux, plus dégagé des conventions qu’il l’est d’habitude. Michel Melki, Cyrille Artaux, Arlette Allain et Bertrand Lacy ont du relief et de la cocasserie. Avec eux tous, Armand Emoi réussit une équation heureuse entre une mise en forme classique, à l’esthétique élégante, et une exploration moderne des soubassements de cette vielle affaire : un texte dont les mots et les situations horrifiaient une part des « honnêtes gens » à sa création même.

L’Ecole des femmes de Molière, mise en scène d’Armand Eloi, scénographie d’Emmanuelle Sage, costumes de Paul Andriamanana Rasoamiaramanana, lumières de Rodolphe Hazo, musique d’Héloïse Eloi-Hammer, avec Pierre Santini, Anne-Clotilde Rampon, Jimmy Marais, Cyrille Artaux, Arlette Allain, Michel Melki, Bertrand Lacy.

Théâtre 14, tél. : 01 45 45 49 77, jusqu’au 31 décembre. (Durée : 2 h 15).

Photo Lot.

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