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Critiques / Opéra & Classique

L’Échelle de soie de Rossini

par Christian Wasselin

L’opéra buffa d’un compositeur de vingt ans qui n’est pas encore tout à fait lui-même (Théâtre des Champs-Élysées, 26 avril 2011).

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On se demande bien pourquoi nos contemporains s’évertuent à trouver des vertus comiques ou subversives chez un Offenbach alors que Rossini est là, tout entier gourmand, drôle, élégant, subtil et prêt à toutes les folies.

Offenbach faisait s’esclaffer le philistin du Second Empire et de la Troisième République, Rossini est un descendant du XVIIIe siècle, un esprit aristocratique. Autant le premier arrive péniblement à faire rire grâce à deux ou trois situations (et à nous émouvoir, parfois, à la faveur d’un tour mélodique), autant le second secoue, enflamme, dynamite la musique, tout en lui faisant donner ses plus belles fleurs. C’est vrai en particulier pour les plus réussis de ses ouvrages légers : des pages comme le finale du premier acte du Barbier de Séville ou de L’Italienne à Alger cultivent l’affolement dans la virtuosité, la drôlerie dans le faste des sonorités et des rythmes.

Cela dit, on resterait sur sa faim si on cherchait avec impatience pareilles pépites dans L’Échelle de soie (La scala di seta), ouvrage d’un Rossini de vingt ans créé au Teatro San Moise de Venise en 1812, et représenté le 26 avril dernier au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. L’œuvre d’un musicien qui se cherche encore, qui n’ose pas tout à fait, qui attend son heure, laquelle arrivera vite.

Mais Rossini jeune est déjà Rossini, et une partition comme L’Échelle de soie, même inaboutie, même sans grand air décoiffant, sans ensemble confinant au dérèglement euphorique, est quelque chose de réjouissant, d’autant plus qu’il s’agit là d’une relative rareté. On a donc pu se féliciter d’entendre cet opéra buffa donné avec la participation d’un ensemble parmi les pionniers de l’interprétation sur instruments historiques : la Grande Écurie et la Chambre du Roy. Bien sûr le temps a passé, et Jean-Claude Malgoire n’a peut-être plus son exigence d’antan ; bien sûr ses cors ne sonnent pas toujours juste et ses bois n’ont pas le moelleux ou l’acidité, selon les moments, qu’on attendrait ; mais il y a toujours une verve, chez Malgoire, qui emmène l’action au galop à défaut de souligner les ressorts ou les mélancolies cachées d’une partition.

La distribution, quant à elle, ne brille pas par son unité, et à la finesse d’une Ruth Rosique (Giulia), à la vaillance d’un Juan Antonio Sanabria (Dorvil, qu’on aimerait toutefois distribué à un ténor un peu plus di grazia), répond la rusticité d’un Pierre-Yves Pruvot (Germano), qui a tendance à tirer l’ouvrage vers la farce. Mais c’est après tout ce que veut Christian Schiaretti, le metteur en scène, qui ne cherche pas à nous emmener au-delà de l’intrigue : un domestique croit qu’une jeune femme a fixé rendez-vous au bellâtre choisi par son tuteur, alors qu’en réalité elle est déjà mariée à l’ami du bellâtre et le retrouve en secret. D’où quiproquos et imbroglios. Il y a un lit, des domestiques qui vont et viennent, un canapé pour se cacher, des colonnes qui tremblent. Un vaudeville bouffon, donc, mais la musique nous raconte déjà tout autre chose.

Rossini : La scala di seta (L’Échelle de soie). Avec Ruth Rosique (Giulia), Hjördis Thébault (Lucillia), Leonardo De Lisi (Dormont), Juan Antonio Sanabria (Dorvil), Ugo Guagliardo (Blansac), Pierre-Yves Pruvot (Germano). La Grande Écurie et la Chambre du Roy, dir. Jean-Claude Malgoire. Mise en scène : Christian Schiaretti ; scénographie : Renaud de Fontainieu ; costumes : Annika Nilsson ; lumières : Julia Grand.

photo : Danielle Pierre

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