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Critiques / Théâtre

L’Anniversaire de Harold Pinter

par Gilles Costaz

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Deux étoiles
L’Anniversaire d’Harold Pinter
La sauvagerie des civilisés
Cette mise en scène constitue les débuts au théâtre d’un cinéaste, Claude Mouriéras, qui est devenu peu à peu l’artiste de audiovisuel le plus proche de la Comédie-Française (comme l’avait été auparavant l’Américain Frederick Wiseman) : il a réalisé un Partage de midi de Claudel joué par des acteurs du Français, dont on attend qu’une chaîne publique en fasse enfin la diffusion, et vient d’écrire et de réaliser un téléfilm policier, Meurtres en trois actes, qui, interprété par les pensionnaires et les sociétaires, se déroule sur la scène et dans les coulisses de la salle Richelieu. Ce film-là, on ne tardera pas à le voir sur France-Télévisions : il vient d’être couronné au festival de La Rochelle.

Mouriéras, qui connaît donc bien les comédiens, passe à la mise en scène en choisissant la difficulté : Pinter, son monde ambigu, ses événements dont on ne sait jamais si elles sont vraies ou fausses, ses dénouements qui ne se dénouent jamais, sa cruauté… L’Anniversaire se situe dans une pension de famille anglaise, près de la mer. La maîtresse de maison a une relation très trouble avec un jeune client quand arrivent des inconnus au comportement beaucoup moins incertain. Eux crient, provoquent, menacent, frappent. Mais on ne sait rien d’eux. Ils décident de fêter l’anniversaire de l’autre client. Tout se passe étrangement, et férocement.

Est-ce le Pinter qu’on préfère ? A chacun de voir, mais celui-ci est particulièrement violent. Surtout dans la mise en scène de Mouriéras qui dit s’être souvenu de cadrages à la Hitchcock. L’action se passe sur deux plans, au sol et sur un premier étage. Les nerfs de la pièce sont tendus au maximum par un climat glauque et un rythme qui s’accélère de façon impitoyable, tandis que les voix sont de plus en plus criantes. Tous les acteurs, Eric Génovèse, Nicolas Lormeau, Marion Malenfant, Jérémy Lopez, Nazim Boudjenah, pratiquent le double jeu avec brio, une palme pouvant sans doute être attribuée à Cécile Brune, remarquable dans le rôle de la logeuse. Le moment est très fort, on en en admire la réussite de la mise en en œuvre et l’interprétation sans prendre de plaisir à une pièce qui, à l’intérieur du théâtre de Pinter, a quelque peu vieilli de par sa violence complaisante dans la manière de mettre en lumière la sauvagerie des civilisés.

L’Anniversaire d’Harold Pinter, traduction d’Eric Kahane, mise en scène de Claude Mouriéras, scénographie et lumières d’Yves Bernard, costumes de Coralie Sanvoisin, son de Roman Dymny, avec Cécile Brune, Eric Génovèse, Nicolas Lormeau, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez, Marion Malenfant.

Vieux-Colombier, tél. : 01 44 39 87 00 et 01. Jusqu’au 24 octobre. (durée : 1 h 50).

Photo Christophe Raynaud de Lage

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