Accueil > King Arthur de Henry Purcell

Critiques / Opéra & Classique

King Arthur de Henry Purcell

par Caroline Alexander

Baroque barjot

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

L’intrusion dans le monde policé de l’opéra des fantaisistes Corinne et Gille Denizio, alias Shirley et Dino, grands champions de grimaces poids lourds, pouvait faire craindre le pire. Il eut lieu mais en sens inverse dans un immense éclat de rire qui éclaboussa de bout en bout la musique de Purcell et les spectateurs de l’Opéra Comédie. Lesquels, hilares, réservèrent une ovation debout aux interprètes et à leurs drôles de mentors.

Ce King Arthur/Roi Arthur, il est vrai, est un bien étrange monarque ! Figure centrale d’une pièce de théâtre aux rebondissements épiques d’un certain John Dryden, contemporain, il y a trois siècles de Henry Purcell qui lui broda une suite de commentaires musicaux pour orchestre solistes et chœurs. Au total moins de deux heures de musique pour habiller cinq heures d’actions tragi comiques de ce qu’on appelait alors des semi-opéras. Dès lors si on peut de nos jours l’entendre en concert ou en disque – Hervé Niquet l’enregistra en 2004 chez Glossa -, il est quasi impossible d’en voir les effets scéniques. L’impossible n’étant pas du goût de Niquet, chef d’orchestre du Concert Spirituel, ensemble labellisé baroque en résidence à l’Opéra de Montpellier, il fit appel au couple le plus déjanté du music hall pour lequel l’impossible est une denrée carrément inconnue. Le résultat, moyennant quelques coupures et un agencement inédit des péripéties médiévales du héros, se déroule en 1h45 de délire à cheval sur les Monty Python et Helzapoppin.

Une pyramide de loufoqueries

On pourrait en faire un inventaire à la Prévert, avec un ours polaire, deux pingouins, un cerf qui brame, un père Noël en goguette, des skieurs de fond sur une banquise, des bergers hippies sur une plage, un barbecue royal, des croisés qui s’entrecroisent, un roi de cœur, deux reines d’Ecosse ou de pique, l’auberge du cheval blanc, un aspirateur ronfleur, des étoiles filantes, et, en lieu et place de raton laveur, des jeux de mots à faire peur… Gille/Dino qui intervient entre chaque tableau en use et en abuse pour ne pas « se faire appeler Arthur » (sic), il interrompt, régente, nettoie, philosophe façon café du commerce… Au sommet de sa pyramide de loufoqueries, le chef d’orchestre en personne devenu aussi branque que guignol, qui se déguise à la vitesse du son, du kilt à la culotte de cuir tyrolienne, qui danse et pousse la chansonnette – « On a l’béguin pour Célestin » -. L’irrésistible métamorphose d’Hervé Niquet en histrion de Caf’Conc’ vaut à elle seule le déplacement.

Un jeu délicieusement dégingandé

Et la musique dans tout ce charivari ? Ma foi, elle ne s’en tire pas mal du tout malgré quelques cafouillis de démarrage parmi les instrumentistes et les choristes. Bien sûr, ni les uns ni les autres n’ont l’habitude de ce type de traitement mais prouvent en fin de compte que pour eux non plus l’impossible n’est pas musique et que même une soit disant panne d’électricité ne les empêche pas de continuer à jouer - juste - dans le noir… Les voix sont solides, Joao Fernandes, jeune basse portugaise né au Zaïre s’est déjà frotté à ce type de répertoire sous la direction de spécialistes comme René Jacobs, Christophe Rousset ou William Christie et confirme ses dons, graves qui plongent et projection claire, et, en roitelet de foire, il y ajoute un jeu délicieusement dégingandé. Les sopranos (dessus), Mélodie Ruvio, Chantal Santon-Jeffery et l’exquise Ana Maria Labin rivalisent autant de vocalises que de jeux de séduction à rebrousse poils. La palme des comiques musicaux et théâtraux revenant au couple de moinillons Marc Mauillon et Mathias Vidal, respectivement baryton et haute contre magnifiquement en voix, et, dans leurs intermèdes dansés, absolument foutraques et totalement désopilants.

De là à conclure que l’avenir de l’opéra se limitera à sa dérision, serait pousser trop loin le bouchon de la farce. Mais devant tant de bonne humeur, tant de trouvailles se succédant au rythme d’un tir de mitraillette, impossible de bouder son plaisir

King Arthur de Henry Purcell (de Guérande selon de Shirley et Dino), semi-opéra en 5 actes (multipliés par « plein d’actes » selon les mêmes), livret de John Dryden (escamoté idem), chœur et orchestre du Concert Spirituel en résidence à l’Opéra de Montpellier, direction Hervé Niquet, conception et mise en scène Corinne et Gilles Benizio (alias Shirley et Dino), costumes Catherine Rigault, lumières Jacques Rouveyrollis. Avec Chantal Santon-Jeffery, Ana Maria Labin, Mélodie Ruvio, Mathias Vidal, Marc Mauillon, Joao Fernandes.
Festival de Radio France et Montpellier - Opéra Comédie, les 15 & 17 juillet 2008 –
04 67 601 999

http://www.festivalradiofrancemontpellier.com

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.