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Critiques / Opéra & Classique

Katia Kabanova

par Caroline Alexander

La tragédie de l’enfermement

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La nouvelle production annoncée par l’Opéra National de Paris n’est pas si nouvelle que ça. Elle fut créée à Salzbourg en 1998, jouée au Capitole de Toulouse qui la coproduisait alors et même déjà retransmise par ARTE. S’agissant d’une incontestable réussite, on ne s’en plaindra pas.

Dans la mouvance des réactualisations à la mode, dont il est l’un des plus ardents avocats, le metteur en scène suisse Christoph Marthaler a transposé la tragédie de Janacek dans le huis clos d’une cour d’HLM. L’Orage, le drame en cinq actes du Russe Ostrovsky dont Janacek s’est inspiré, se situe à la mi-temps du 19e siècle, dans une petite ville ouvrière et cancanière proche de la Volga. Une histoire de solitude absolue où une jeune femme, mariée à un homme indifférent et harcelée par une belle-mère hystérique, succombe, en l’absence de son mari, à l’attrait de celui qu’elle aime en secret et qui est tout autant épris d’elle. La honte, le remords s’abattent comme des chapes de plomb. Katerina, Katia, épouse Kabanova, ne pourra y survivre. L’un des enchantements de ce chef d’œuvre d’intensité dramatique et musicale vient de l’esquisse rapide et pointue des personnages qui vivent, ou plutôt survivent, dans une étroitesse mentale de petits bourgeois bornés. La sœur dévergondée de l’insipide mari, les cousins, les voisins... Tous sont brossés à l’encre noire et grise des destins sans lendemains. En les emmenant aux portes des grandes villes, dans l’un de ces immeubles dont les murs s’ouvrent sur toutes intimités, Marthaler donne une forme d’intemporalité à la tragédie. Son décor joue sur le dedans-dehors. Nous sommes à la fois dans une cour cernée de fenêtres, ornée de l’une des ces fontaines ringardes et toujours en panne des cités de banlieue, et dans l’un de ces appartements, ses papiers peints à fleurs, ses formica, ses plastiques et sa télé sans âme. Le parti pris est plus symbolique que réaliste et fonctionne parfaitement, même s’il faut faire un effort d’imagination pour admettre qu’au fleuve dans lequel se suicide Katia, se substitue l’hideuse fontaine. Ce qui n’est guère difficile pourtant tant la présence, le rayonnement, la voix, la beauté de la soprano allemande Angela Denoke en font une Katia idéale. Tout comme Jane Henschel en Carabosse maléfique, et d’ailleurs comme tout le restant d’une distribution sans défaut. Que dirige avec une sorte de rage sèche un Sylvain Cambreling au zénith de sa forme.

Katia Kabanova, de Leos Janacek, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Sylvain Cambreling, mise en scène Christoph Marthaler. Avec Angela Denoke, Jane Henschel, David Kuebler, Dagmar Peckova... Palais Garnier, les 6,9,12,16,19 novembre à 20h. Tél. : 08 92 89 90 90

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