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Critiques / Théâtre

Kamikazes de Stéphane Guérin

par Gilles Costaz

Avignon Off - Une Cène sans dieu

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Les dîners de famille au théâtre, c’est fréquent, c’est récurrent. Mais celui que nous propose Stéphane Guérin échappe à toute banalité. Une femme médecin a invité son clan : il y a son mari, sa fille, et ces amis qu’on voit tout le temps parce qu’ils sont devenus la famille. Mais, en réalité, ils ne sont pas là. Ils sont morts – du moins, on peut le penser, car l’auteur aime l’imprécision intrigante -. L’hôtesse les convoque d’une façon sans doute imaginaire pour leur révéler un secret. Eux aussi ont beaucoup de choses à dire. Ce sont tous des « kamikazes » qui, selon leur rôle social (il y a deux médecins, un journaliste, un actrice...), ont foncé tête baissée et pris des risques inconsidérés. Ils se contredisent ou parlent en parallèle. Ils ont souffert ou échoué. Blessés, ils sont, moralement , couturés de tous les côtés. C’est une communauté où chacun parle de soi plus qu’il ne fait attention aux autres. Mais l’amour de l’hôtesse les enveloppe...
Une fois le prologue lancé par Raphaëline Goupilleau, les autres acteurs entrent et couvrent la table d’un grand tissu bleu. Les invités mettent le couvert. Telle est la mise en scène d’Anne Bouvier, d’une réalité triviale et pourtant rituelle, de l’ampleur noble d’un tableau de Veronèse ou du Caravage. C’est une Cène sans dieu, d’esprit blasphématoire. Les interprètes, Pierre Hélie, Valentin de Carbonnières, David Brécourt, Julie Cavanna, Salomé Villiers et Pascal Gautier, détaillent des natures différentes d’être et de penser, en étant dans une sorte de plénitude du jeu assez rare. Avec Raphaëline Goupilleau, à la présence toujours originale avec son alliage d’innocence et de causticité, la troupe donne l’impression de faire naître la pièce, comme si elle ne la reprenait pas tous les soirs, mais la créait ce soir pour nous. Auteur passionnant – dont Pierre Notte avait très bien monté Kalashnikov au Rond-Point -, d’une langue crue et coupante, Stéphane Guérin trouve en Anne Bouvier et en cette équipe de remarquables traducteurs de son théâtre dense et complexe. C’est l’un de ces très beaux spectacles du off qui font de l’ombre au in, si peu sensible à la neuve écriture française.

Avignon Off : Kamikazes de Stéphane GUÉRIN. Mise en scène : Anne BOUVIER Avec : Raphaëline GOUPILLEAU, David BRÉCOURT, Valentin de CARBONNIÈRES, Julie CAVANNA, Pascal GAUTIER, Pierre HÉLIE, Salomé VILLIERS. Collaboration artistique : Pierre HÉLIE. Lumière : Denis KORANSKY. Scénographie : Emmanuel CHARLES. Costumes : Colombe LAURIOT PRÉVOST. Son : Raphaël SANCHEZ.

Théâtre Buffon, 21 h 35, tél. : 04 90 27 36 89, jusqu’au 29 juillet.

Photo Céline Zug.

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1 Message

  • Kamikazes de Stéphane Guérin 24 juillet 16:18, par Gribouille

    Curieuse idée de cette troupe d’avoir voulu se mettre en bouche ce vomi de texte, amalgame mauribond de mauvais gags sans lien où seuls une demi-douzaine de bons mots seraient à garder sur 1h20 de paroles indigestes régurgitées en vrac et sans cohérence entre acteurs. Les acteurs sortent leurs répliques les uns après les autres sans s’écouter, sans cohérence mutuelle. On est dans de l’absurde sans filtre sur un texte lamentable. On ne gardera de cette pièce que ses éléments de scénographie avec sa grande nappe blanc-vert et la table qui sombre, belle métaphore de l’inévitable complet naufrage de cette pièce.

    Longue, très très longue a été l’heure d’attente et de profond dépit pour enfin sortir de la salle. A fuir.

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