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Critiques / Théâtre

Jours tranquilles à Jérusalem de Mohamed Kacimi

par Gilles Costaz

Faire du théâtre en Palestine...

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Fin 2015, Adel Hakim vient entreprendre à Jérusalem-Est une nouvelle collaboration entre le Théâtre national palestinien et le Centre dramatique national d’Ivry. Auparavant, il y avait eu une belle Antigone en arabe. Mais, cette fois, le texte d’Hakim, déjà largement écrit, Des roses et du jasmin, est une histoire théâtrale de la Palestine, de 1948 au début du XXIe siècle. Un sujet particulièrement sensible ! Dès les premiers moments de répétition, les discussions explosent. Pourquoi commencer par la Shoah, pourquoi parler de la persécution des juifs en Europe alors que les moyens d’information des arabes sont dérisoires par rapport à ceux de la communauté juive, pourquoi faire jouer des rôles de juifs par des arabes, pourquoi se référer à la tragédie grecque, pourquoi telle inexactitude ?... La contestation s’abat sur Hakim qui bénéficie heureusement de l’aide du directeur du théâtre. Le texte est peu à peu aménagé (mais l’auteur maintient ce qui concerne la Shoah), les acteurs vont vers plus de compréhension d’autrui et s’éloignent d’un théâtre militant. Chacun progresse dans la tolérance et la finesse de l’écriture et du jeu. Pourtant, les conditions de travail sont souvent infernales. Au final, la pièce est un événement, comme elle le sera à sa reprise en France, à Ivry.
Adel Hakim, qui s’est donné la mort l’an dernier en raison d’une maladie incurable, avait pris avec lui un autre écrivain comme témoin, Mohamed Kacimi. Celui-ci a constitué un journal de ces cinq mois de répétitions, de confrontations, de tensions et de camaraderie. La compagnie La Manufacture Jean-Claude Fall a commandé à Kacimi une pièce qui donnerait à ce journal une forme théâtrale. Jours tranquilles à Jérusalem (on devine l’ironie du titre, qui pastiche, bien sûr, un titre d’Henry Miller) restitue formidablement ces semaines de répétitions où les Palestiniens se rebellent sous l’effet de tant d’humiliations subies quotidiennement et où le dialogue mène à une grande intelligence du monde. Les comédiens, Bernard Bloch, Roxane Borgna, Etienne Coquereau, Jean-Marie Deboffe, Paul-Frédéric Manolis, Carole Maurice, Nolwenn Peterschmitt et Alex Selmane sont tous électriques. Jean-Claude Fall s’est réservé le rôle d’Adel Hakim (ce grand auteur qui manque tellement à notre théâtre). Il le joue avec une belle énergie fragile, toujours en bascule, et a composé lui-même une scénographie inspirée par le thème du mur de séparation. Laurent Rojol, un as de la vidéo, fait intervenir les images sur plusieurs tonalités, historiques et contemporaines. Les coulisses d’un conflit capital et les secrets du travail théâtral s’entremêlent dans un spectacle à chaque instant stimulant.

Jours tranquilles à Jérusalem, texte Mohamed Kacimi
 publié aux éditions Riveneuve,
mise en scène et scénographie Jean-Claude Fall, dramaturgie Bernard Bloch,
création vidéo Laurent Rojol,
création son Eric Guennou, travail chorégraphique Naomi Fall,
direction technique Jean-Marie Deboffe, avec Bernard Bloch - Roxane Borgna - Etienne Coquereau Jean-Marie Deboffe - Jean-Claude Fall - Paul-Frédéric Manolis Carole Maurice - Nolwenn Peterschmitt - Alex Selmane.

La Manufactures des Œillets, Ivry, 20 h, tél. : 01 43 90 11 11, jusqu’au 8 février. Reprises la saison prochaine (notamment au Festival des francophonies, Limoges). (Durée : 2 h).

Photo DR.

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