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Critiques / Théâtre

Jouer juste de François Bégaudeau

par Gilles Costaz

L’angoisse de l’entraîneur avant la fin du match

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Peter Handke écrivit naguère. L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty. Autre fanatique du football, François Bégaudeau a écrit il y a quelques années Jouer juste, où s’exprime d’un entraîneur juste avant la fin d’un match. Il ne s’agit pas de n’importe quel match ! Nous sommes en finale de coupe d’Europe. Le temps réglementaire est terminé. Les prolongations restent à jouer, aux termes desquelles le score sera sans appel. L’entraîneur s’adresse à ses joueurs. Savez-vous vraiment ce que signifie « jouer juste » ? leur demande-t-il et leur explique-t-il. « Vous ne savez rien, dit-il. Même jouer au foot, vous croyez savoir mais vous ne savez pas. Vous ne savez pas comment aimer non plus. On ne vous a rien appris. C’est maintenant que tout commence. » Le sport est la métaphore de la vie, le monologue bifurque. L’entraîneur parle de ses propres amours. Son amie Julie l’a quitté, et il en tire des conclusions, des leçons de vie et de politique.
Pour sa mise en scène, Fabrice Michel s’est souvenu des Carnets du sous-sol de Dostoïevski : l’homme se parle à lui-même en même temps qu’à autrui, à l’intérieur d’un espace vide, donc « mental ». Comme il est d’aujourd’hui, il manipule une télécommande. Derrière lui parfois surgissent des images qui reflètent de monde et non le sport. L’homme, précise Fabrice Michel, a « peur de sa violence ». De cette peur naît la tension du spectacle.
Le texte de Bégaudeau propose une analyse intériorisée plutôt aiguë, dans une formulation peut-être trop cérébrale. On en aime l’intelligence, sans être happé par le propos. L’acteur, Erick Deshors, parvient cependant à instaurer une concentration tout à fait saisissante, grâce à la création d’une sorte de sport immobile.

Jouer juste de François Bégaudeau (Gallimard/Verticales), adaptation et mise en scène de Fabrice Michel, vidéo et son de Christophe Tostain, costumes d’Isabelle Annet, avec Erick Deshors.

Aktéon Théâtre, les mercredi et jeudi 21 h 30, sauf les 30 et 31 décembre, tél. : 01 43 38 74 62. Jusqu’au 3 mars.

Photo LaMan.

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