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Critiques / Opéra & Classique

John Eliot Gardiner, une austère ferveur

par Christian Wasselin

Salle Pleyel, le chef anglais dirige trois œuvres sacrées destinées à des effectifs insolites.

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C’est un très singulier programme qu’a choisi de nous offrir John Eliot Gardiner à la Salle Pleyel. Un programme composé de trois partitions sacrées dont deux furent des découvertes, couronné par la célèbre et magnifique Symphonie de psaumes de Stravinsky. Un programme, également, idéalement conçu pour ces deux formations virtuoses que sont le Monteverdi Choir et l’Orchestre révolutionnaire et romantique, toutes deux conçues et fondées par Gardiner lui-même (en 1964 et en 1989). Le Monteverdi Choir, on le sait, est l’un des meilleurs chœurs qui soient et excelle dans tous les répertoires ; l’Orchestre révolutionnaire et romantique joue sur instruments historiques la musique qui va de la fin du XVIIIe à la fin du XIXe siècle, quitte à s’aventurer un peu au-delà comme ce fut le cas le 24 octobre.

Deux découvertes, donc. Il s’agissait du bref et poignant Begräbnisgesang de Brahms, chant funèbre daté de 1858 et destiné à un chœur accompagné d’instruments à vent et de timbales ; puis de la Messe n° 2 de Bruckner, elle aussi pour chœur et vents. Une messe où l’on chercherait en vain la prolifération et les redites des symphonies de son auteur. Une messe où l’on entend plutôt l’expression de la ferveur candide d’un musicien qui dédia une de ses partitions, en toute simplicité, à Dieu, et qui se souvient ici, tout comme Brahms, des musiques de la Renaissance. Au début du « Sanctus » a capella, sommet de la partition, on se croirait tout à coup chez Tallis !

Changement de plateau avec la Symphonie de psaumes  : les chanteurs, qui étaient devant, se placent derrière l’orchestre, lequel s’étoffe des cordes graves (mais il n’y a ni violons, ni altos), d’une harpe et de deux pianos ; les vents joueront assis, comme de coutume, alors qu’ils étaient debout pour les deux œuvres précédentes. Changement d’ambiance, aussi : et c’est là qu’il faut admirer le Monteverdi Choir qui, outre ses qualités propres (homogénéité, ensemble, transparence), a la capacité de passer de l’ardeur retenue de Brahms et de Bruckner, aux couleurs acides de Stravinsky et à cette atmosphère ambiguë que suggère déjà le titre : il s’agit de psaumes, certes, mais nous sommes au concert, pour écouter une symphonie. Et c’est bien une symphonie que nous offre l’Orchestre révolutionnaire et romantique, avec une netteté dans les contours mais aussi une chaleur et un étagement des couleurs qui font toute l’étrange beauté de cette interprétation.

Christian Wasselin

photo : John Eliot Gardiner par Sheila Rock/Decca

Brahms : Begräbnisgesang – Bruckner : Messe n° 2 – Stravinsky : Symphonie de psaumes. Monteverdi Choir, Orchestre révolutionnaire et romantique, dir. John Eliot Gardiner. Salle Pleyel, 24 octobre.

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