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Critiques / Théâtre

Je descends souvent dans ton coeur de Flore Grimaud

par Gilles Costaz

Adieu à une mère

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Une mère s’en va, emportée par un cancer. Pour sa fille, c’était une Diva, une Déesse. La disparue exerçait la modeste profession de secrétaire, mais elle n’en était pas moins une reine, qui exerçait un continuel rayonnement sur son entourage. Toujours soucieuse de sa séduction et de son allure, elle se maquillait en écoutant de la musique. C’est le maquillage qui hante le récit de sa fille, Perle. Elle se souvient des conseils de beauté de sa mère dans son adresse à la disparue : elle a tenu à maquiller le visage sans vie et, devenue actrice, elle maquille le comédien qu’elle a rencontré et entre dans ce domaine où le fard est un aspect de la vérité. Les souvenirs sont pudiques et pourtant ironiques : cette mère était une reine un peu dérisoire, mais porteuse d’amour et qui recevait tant d’amour ! La vie théâtrale de la jeune fille progresse mais, reprenant et modifiant un mot de George Sand à Musset, elle peut dire à la mère : « Je descends souvent dans ton cœur ».
La pièce est, bien entendu, d’inspiration autobiographique. Flore Grimaud a écrit ce texte après le décès de sa mère, en donnant des coups d’arrêt à l’émotion grâce à l’humour. Ainsi, quand son personnage s’occupe de l’embellissement du cadavre, il dit : « C’est moi qui te maquille, ma déesse, pour la première fois… J’ai la permission du chef fossoyeur, on se connaît bien, on était ensemble à l’école primaire : Grégory Garcia, 1m23 à l’époque ». Mais tout est d’un pinceau délicat. L’écriture effleure, puis, de temps à autre, le trait souligne un point, un détail, avant de reprendre sa course ondoyante. De telle sorte que tout est suspendu : le récit, le temps, notre émotion qui, pourtant, est grande. L’évocation de l’acteur, la Vedette, rencontré par la jeune fille arrivée à Paris, gagnerait sans doute à plus de clarté. Mais c’est le deuxième plan de l’histoire. Il peut rester dans l’ombre.
Le spectacle est mis en scène par un jeune réalisateur de cinéma, Benjamin Guedj, qui a vraiment le sens du théâtre : sur le mur brut, à l’emplacement où est le plus souvent la mère, un cadre lumineux se dessine comme si l’on était dans la loge d’une actrice, car cette femme était une comédienne à sa façon. Une trousse de maquillage est suspendue à l’avant-scène. Les deux personnages sont le plus souvent loin l’un de l’autre. Les déplacements et les mises à distance sont toujours justes, d’une belle vérité secrète. Flore Grimaud incarne la mère, avec une pointe d’accent méridional (nous sommes dans le Sud). Elle le fait avec élégance et malice, comme un hommage masqué : cette femme est toutes les femmes et, en même temps, elle est unique. Dans le rôle de la fille, Lou Chauvain, boule de passion, fillette et jeune femme à la fois, donne une flamme magnifique à ce message qui mêle tant de tristesse et tant de joie. Les deux actrices s’inscrivent sur la scène comme dans une miniature qui nous étreint plus violemment qu’un grand tableau.

Je descends souvent dans ton cœur de Flore Grimaud, mise en scène et scénographie de Benjamin Guedj, costumes de Janina Ryba, avec Lou Chauvain et Flore Grimaud.

Ciné XIII Théâtre, 21 h le mercredi et le vendredi, 19 h le jeudi et samedi, tél. : 01 42 54 15 12, jusqu’au 14 mai. (Durée : 1 h 10).

Photo DR.

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