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Critiques / Opéra & Classique

Iphigénie en Tauride de Christoph Willibald Gluck

par Caroline Alexander

Les vertus de l’intelligence et de l’acuité de Warlikoski

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Il y a deux ans, le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski faisait ses premiers pas à l’Opéra National de Paris signant cette nouvelle production de l’opéra de Gluck. Une entrée plutôt fracassante qui mit sens dessus dessous une partie du public et des critiques. Le temps passant, d’autres mises en scène du même homme de théâtre – l’Affaire Makropoulos, Parsifal – continuèrent de diviser les spectateurs, accros des traditions contre curieux d’innovations. Mais l’habitude aidant, l’acuité et l’intelligence des partis pris de Warlikowski ont fini par l’emporter sur les préjugés.

Ainsi cette Iphigénie cloîtrée dans les greniers de sa mémoire, femme vieillie, prêtresse ou actrice, égrenant les souvenirs de son existence et confondant peut-être ses rôles avec sa vie. Elle est là, recluse en Tauride depuis que Diane lui substitua une biche sous le couteau de son père Agamemnon, prêt à tous les sacrifices pour obtenir des dieux les vents favorables qui amèneront sa flotte à Troie. Voici Iphigénie à jamais vierge et prisonnière dans son île, condamnée par les dieux à assassiner tous les hommes qui aborderont ses rivages, sous la garde sanguinaire et dictatoriale du roi Thoas. Voici qu’échouent Oreste le parricide et Pylade son allié, tous deux liés par une amitié fusionnelle. Voici que défile le film de leur destin, Agamemnon assassiné, Clytemnestre succombant sous les coups vengeurs de son fils, la ronde des fatalités pilotées par les dieux tout puissants, les tentations d’inceste et d’homosexualité. Iphigénie, devenue chétive petite vieille en tailleur Chanel couvert de bijoux, se revoit jeune et combative, redécouvre son frère, revit les dilemmes qui la déchirent, son désir d’en finir…

Un espace mental fait de miroirs coulissants

Si loin des imageries à l’antique, des prêtresses mythiques et autres autels du sacrifice, les décors de Malgorzata Szczesniak, fidèle collaboratrice de Warlikowski, peuvent encore au premier coup d’œil, dérouter. Cet espace mental fait de miroirs coulissants où la salle s’inscrit sur la scène, ses transparences, ces lits aux matelas rayés, ces lavabos de collectivités, ces bouts de mobiliers d’un âge si proche du nôtre ne sont pas ce qu’on attend. Mais peu à peu, tout prend son sens, et, sous l’effet d’une magistrale direction d’acteurs, l’émotion grimpe comme une mer à marée haute.

L’art consommé de tragédien de Stéphane Degout

Ivor Bolton à la tête du Freiburger Barockorchester sert la musique de Gluck avec beaucoup de subtilité sans atteindre pourtant la fantaisie, la légèreté et les couleurs que Marc Minkowski avait insufflé à ses musiciens du Louvre-Grenoble en 2006. Les chœurs et solistes d’Accentus sont en revanche chauffés avec ferveur par Laurence Equilbey. Côté distribution, on retrouve presque intact Frank Ferrari en Thoas et la splendeur du timbre et de jeu de Yann Beuron en Pylade. Stéphane Degout succède à Russel Braun en Oreste et le surpasse : projection impeccable, plénitude vocale, diction parfaite et art consommé de tragédien, il est magnifique. Après la flamboyante Susan Graham, Mireille Delunsch enfile avec détermination les habits de cette Iphigénie en deux âges, la voix engagée, la respiration généreuse même si le souffle vient parfois à manquer. La comédienne. La comédienne Renate Jett continue d’apporter l’élégance muette de sa présence.

Iphigénie en Tauride de Christoph Willibald Gluck, livret de Nicolas-François Guillard, d’après Euripide. Freiburger Barockorchester, direction Ivor Bolton, chœur Accentus direction Laurence Equilbey, mise en scène Krzysztof Warlikowski, décors Malgorzata Szczesniak, lumières Felice Ross, chorégraphie Saar Magal. Avec Mireille Delunsch, Stéphane Degout, Yann Beuron, Franck Ferrari, Salomé Haller, Renate Jett.
Opéra National de Paris – Palais Garnier, les 22, 25, 28, 31 mai, 2, 5 juin à 20h – le 8 juin à 14h30.
0 892 89 90 90 – www.operadeparis.fr

Crédit photos : F. Ferville / Opéra national de Paris

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