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Critiques / Opéra & Classique

Into the Little Hill de George Benjamin et Martin Crimp

par Caroline Alexander

Tout juste l’envoutement d’une cantate

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“Frontière”, est la dénomination que Gérard Mortier, directeur de l’Opéra National de Paris, a attribué à la sorte de laboratoire de recherche musicale installé dans les espaces de l’Amphithéâtre Bastille. Spectacles « frontières » donc qui se situent en bordure des formes connues pour explorer des formes à venir. Le dernier en date Into the Littlle Hill, mis en musique par le compositeur anglais George Benjamin, sur un texte de son compatriote Martin Crimp, s’est révélée une grande réussite, une heure de formidable densité musicale et d’émotion à fleur de peau.

Hillary Summers (contralto), Ensemble Modern, Anu Komsi (soprano)

Une musique qui raconte des histoires

Le thème de cet « opéra » qui n’en est pas un, s’inspire très librement de la légende du Joueur de Flûte de Hamelin. Pour qui n’a pas pris très sérieusement connaissance du programme et des intentions des auteurs il est pratiquement impossible d’en retrouver les traces. Le Festival d’Automne qui coproduit la production a l’habitude il est vrai de ne s’adresser qu’à des initiés. Mais le miracle ici vient justement d’une alchimie qui rend caduque l’obligation de comprendre. A elle seule, la musique de Benjamin raconte des histoires et celle de ce ministre qui, en vue d’élections prochaines, promet au peuple de le débarrasser des rats qui infestent la ville, tient davantage par la fascination de ses sonorités que par son anecdote.

Des courses ludiques entre tragédie et comédie

Les quelques surtitres anglais se contentent de situer les confrontations, « the minister and the crowd-le ministre et la foule », « le ministre et l’étranger », « le ministre et sa femme »... Sous direction de Franck Ollu, les musiciens de l’Ensemble Modern sont répartis sur un demi-cercle tapissé de copeaux roux, d’étroits praticables blancs sur lesquels se déplacent les deux cantatrices, s’avancent en direction du public. En ouverture, deux altistes (pour le duo Viola, Viola) puis un violon solo, d’une incroyable virtuosité (pour Three Miniatures), se livrent à des espèces de courses ludiques entre tragédie et comédie où pointe d’un bout à l’autre un humour authentiquement british. Puis apparaissent, pour le rôle du ministre, la contralto Hillary Summers en tailleur pantalon rouge, puis, en robe blanche, la soprano Anu Komsi, pour tous les autres personnages, l’étranger, la femme, l’enfant... Et cette petite formation, quasi immobile, mise en espace par Daniel Jeanneteau, va, une soixantaine minutes durant, exercer sur les oreilles et sur les yeux un véritable magnétisme. On en sort légèrement hypnotisé et pourtant ce n’est guère de l’opéra, pas même un oratorio que l’on vient de voir et d’entendre. Tout juste une cantate en noir et blanc d’une envoûtante beauté.

Anu Komsi (soprano)

Polyphonies inventives et écriture bâtie à la serpe

George Benjamin, 46 ans, est l’une des figures majeures de la musique contemporaine anglaise. Francophile, amoureux de Debussy, élève et disciple de Messiaen il use d’une écriture musicale à la fois limpide et serrée, de polyphonies inventives où se croisent toutes les pratiques des musiques d’aujourd’hui, tonales et atonales. Sans commentaire, pourrait-on dire, s’accordant parfaitement à l’écriture dramatique bâtie à la serpe de Martin Crimp, le dernier des enfants terribles du théâtre anglais. Auquel le Festival d’Automne donne d’ailleurs un coup de chapeau sur les scènes de Théâtre Ouvert et du Théâtre de la Cité Internationale.

Aux dernières nouvelles le mandat de Gérard Mortier a été prolongé jusqu’en 2009. Le temps de nous combiner encore quelques nouvelles belles pochettes surprises.

Into the Little Hill de George Benjamin et Martin Crimp par l’Ensemble Modern, direction Franck Ollu, scénographie, mise en scène Daniel Jeanneteau, avec Anu Komsi, soprano et Hillary Summers, contralto.

Festival d’Automne à Paris
- Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, les 22,23,24 novembre à 20h, et, en tournée au Théâtre de Saint Quentin en Yvelines le 26 novembre à 16h - tel : 08 92 89 90 90

Crédit photos : Opéra National de Paris

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