Accueil > Instants critiques d’après Jean-Louis Bory et Georges Charensol

Critiques / Théâtre

Instants critiques d’après Jean-Louis Bory et Georges Charensol

par Gilles Costaz

Les funambules du Masque et la Plume

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Pour les auditeurs qui ont aujourd’hui la cinquantaine, et même la soixantaine, n’ayons pas peur du temps qui passe, les échanges entre Jean-Louis Bory et Georges Charensol à l’émission de France Inter « Le Masque et la Plume » sont des morceaux d’anthologie. Pour les plus jeunes qui en ont entendu parler, presque un mythe. Charensol et Bory se disputaient avec un féroce appétit de la discussion, s’envoyaient des épithètes colorées et s’opposaient sur des conceptions opposées du cinéma. C’était aussi du théâtre, avec des rôles bien fixées : Bory, c’était le moderne fou des révolutions politiques et sexuelles ; Charenson, c’était le réac, attaché aux traditions et à la construction claire des scénarios. En conséquence, sur une idée d’Olivier Broche, comédien mais aussi grand cinéphile, et sous l’impulsion de François Morel, ce théâtre radio est devenu un théâtre scénique. Les textes ont été légèrement bricolés, juste pour faire respirer la conversation. On a fait disparaître les autres interlocuteurs (c’est vrai que, dans la mémoire de l’auditeur, les partenaires de Bory-Charensol, les Ciment, Marcabru, Mardore, Benayoun, Siclier, Bastide – le meneur de jeu – se sont plus ou moins effacés). Et l’on a mis en scène un duo qui vire au trio, en se souvenant qu’au Masque, il y avait dans les débuts un pianiste. Ici, une chanteuse-pianiste joue, chante et parfois rejoint les deux débatteurs pour un tour de piste avec eux.
Le décor, avec ses chaises alignées, tient de la salle de cinéma et un peu du studio de radio. C’est aussi un peu l’antichambre où Charensol et Bory se rencontreraient avant l’émission et qui devient peu à peu le lieu même de l’émission. Charensol a l’élégance classe moyenne, genre professeur ; Bory le blouson de cuir noir de l’intello. Et c’est parti pour les désaccords sur Godard, l’éreintement du Corniaud de Gérard Oury, le pugilat sur Théorème de Pasolini, le traitement trivial du film Emmanuelle, les batailles sur Truffaut, Bergman, Ferreri… Une fois qu’ils ont ferraillé sur Bande à part de Godard, ils dansent comme les protagonistes du film, et la pianiste vient les rejoindre. Les films déteignent sur ceux qui en parlent, et le charme de ce moment de théâtre vient de sa forme de plus en plus cinématographique. Le lieu devient autant un studio de cinéma que de radio ! Avec quelques effets spéciaux.
Ce que propose François Morel, d’une manière fort séduisante et aboutie, c’est un « Masque et la Plume » rêvé. Sans être des ennemis, Charensol et Bory ne s’aimaient pas beaucoup. Là, ils sont des amis, des inséparables. C’est l’une des surprises et des joliesses du spectacle. Olivier Broche a quelque chose du vrai Jean-Louis Bory, avec une voix plus grave, dans un jeu très vif. Olivier Saladin campe Charensol comme un bourgeois de Labiche, fort drôle. En fille de l’art fidèle et infidèle à son piano, Lucrèce Sassella déploie beaucoup de dons. Cet hommage à la critique et à des disparus sait être nostalgique et actuel dans un même mouvement.

Instants critiques, un spectacle de François Morel d’après les échanges entre Jean-Louis Bory et Georges Charensol à l’émission radiophonique « Le Masque et la Plume » sur France Inter, mise en scène de François Morel, adaptation de François Morel et Olivier Broche, collaboration artistique de Christine Patry, avec Olivier Broche, Olivier Saladin, Lucrèce Sassella. A La Pépinière théâtre du mardi au samedi à 21h, matinée samedi à 16h. Du 8 janvier au 2 mars et du 2 au 13 avril 2013. Res. 01 42 61 42 53.
© Manuelle Toussaint

A lire, et à entendre : C’était Bory de Daniel Garcia et Janine Marc-Pezet, avec CD, éditions Cartouche avec le concours de la SCAM, 28 euros.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

1 Message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.