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Critiques / Théâtre

Illusions perdues d’après Balzac

par Corinne Denailles

Les arcanes du pouvoir

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Après les quelque 20 000 vers de l’Iliade et « l’Odyssée » d’Homère que Pauline Bayle a mis en scène en 2015-2017, les 700 pages d’Illusions perdues de Balzac font figure de courte nouvelle. Pauline Bayle affectionne les romans et récits car cela lui offre une très grande liberté, dit-elle. Une liberté pleine de chausse-trappes qui exige un point de vue sûr et une grande maîtrise, deux qualités dont jouit sans conteste la jeune femme. Elle a choisi la deuxième partie du roman, écartant les débuts à Angoulême et la troisième partie, le retour dans la ville natale, exceptée une scène clé.
Aucun sentiment de trahison dans cette adaptation radicale qui, comme dans le précédent spectacle, fait la part belle aux comédiens. Quatre d’entre eux se partagent une vingtaine de personnages, sauf Jenna Thiam qui interprète Lucien de Rubempré, le personnage principal que Balzac décrit « beau comme une femme ». Lucien est un jeune poète dont la naïveté n’a d’égal que son ambition, ce qui va lui valoir bien des déconvenues, il est l’antithèse de Rastignac, l’ambitieux cynique et matois qu’il croisera. Le petit provincial monté à Paris est pris dans les rets de toutes les intrigues artistiques, journalistiques, politiques. Selon Balzac, le journalisme est le châtiment des écrivains et la gloire, une putain couronnée. Lucien encaisse les coups, se relève pour retomber dans le prochain piège. C’est qu’il n’a pas les codes de ce monde opportuniste, corrompu, violent. Les différents protagonistes qui se jouent de lui s’en donnent à cœur joie au point que Lucien, qui tombe de Charybde en Scylla, finira par déclarer forfait, humilié et vexé. Les déboires de Lucien révèlent le mépris dans lequel Paris tient la province.

Le dispositif quadrifrontal délimite l’espace de jeu qui se fait jeu de massacre, ring sur lequel tous les coups sont permis et où les comédiens semblent jeter leur personnage, dans une sorte d’urgence vitale. Ils passent d’un rôle à l’autre avec une fluidité déconcertante, une inflexion du jeu associée à un changement de costume, une veste ou une blouse enfilées en un éclair, un gilet enlevé qui découvre un caraco, une grande écharpe. Tout à coup, le récit s’immobilise et ce sont cinq énergies qui électrisent le plateau dans une danse de colère enténébrée. Une évocation hallucinée du « Paris tentaculaire », la « pieuvre ardente », donne un aperçu de la puissance descriptive de Balzac. Pour le reste, Pauline Bayle a choisi l’action, rien que l’action et sur un rythme soutenu. Elle exhausse le talent balzacien pour tirer un portrait incisif de ce petit monde parisien nauséabond, sans morale où seuls règnent compromission, ambition et pouvoir. Rien de nouveau sous le soleil.

Illusions perdues d’après Honoré de Balzac. Adaptation et mise en scène, Pauline Bayle. Avec Charlotte Van Bervesselès, Hélène Chevallier, Guillaume Compiano, Alex Fondja, Jenna Thiam et la participation de Viktoria Kozlova en alternance avec Pauline Bayle. Scénographie, Pauline Bayle, Fanny Laplane. Lumières, Pascal Noël. Costumes, Pétronille Salomé. Son, Julien Lemonnier. A Paris, Théâtre de la Bastille, jusqu’au 16 octobre à 21h. Durée : 2h30.
Résa : 01 43 57 42 14 www.theatre-bastille.com
©Simon Gosselin

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