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Critiques / Opéra & Classique

Il faut sauver le Conservatoire de Bruxelles

par Christian Wasselin

Heinz Holliger dirige l’Orchestre du Conservatoire dans une salle autrefois magnifique, qui se trouve hélas aujourd’hui dans un triste état.

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On ne parle pas suffisamment de l’acoustique des théâtres et des salles de concert. On sait pourtant que le plus bel orchestre peut être ruiné par une salle qui ne porte pas les instruments ou qui les étouffe. A contrario, une salle bien conçue, à l’acoustique naturelle, flatte la musique et ravit celui qui l’écoute car il n’a pas à faire travailler son imagination pour entendre ce qu’il n’entend pas ou ce qu’il entend mal. C’est pourquoi il est toujours instructif, outre le plaisir éprouvé à la découverte de nouveaux lieux, de pratiquer les salles et les théâtres des villes où l’on se rend.

A Bruxelles, le 20 février dernier, avait lieu un concert donné par les jeunes musiciens de l’Orchestre du Conservatoire, sous la direction de Heinz Holliger, qu’on a d’abord connu comme hautboïste avant qu’il se mette à la direction puis à la composition. Un concert au programme curieusement conçu, commençant par la Symphonie écossaise de Mendelssohn, jouée d’un seul tenant comme le recommande le compositeur, avec des pupitres de vent à la fois éloquents et pleins de poésie (clarinettes, bassons) et un bel élan d’ensemble. Suivait le Concertstück pour piano et orchestre op. 92 de Schumann, qui n’a pas la célébrité du Concerto en la mineur. Jan Michiels ne nous a pas spécialement séduit dans cette page fantasque, d’une virtuosité dérobée, dont la forme est assez délicate à maîtriser, et donc à faire entendre.

Musiciens valeureux, conservatoire malheureux

Puis venaient des extraits d’une œuvre d’Holliger lui-même, étrangement intitulée ConcErto ? Certo ! cOn soli pEr tutti
(…perdutti ?...) !
, comprenant quarante-deux pièces miniatures pour un, deux ou plusieurs instruments ou orchestre, et dont la création eut lieu en 2001 à l’occasion des vingt ans de l’Orchestre de chambre d’Europe. On peut ne pas aimer cette musique qui travaille davantage la matière sonore que la forme, et dont la fragmentation a quelque chose de frustrant, mais on saluera l’engagement de tous les jeunes instrumentistes de l’orchestre qui manifestement ont pris du plaisir à travailler avec Holliger.

Ce concert avait lieu dans la très belle salle de concert du splendide Conservatoire de Bruxelles, construit par Jean-Pierre Cluysenaar en 1876. C’est dire que cette salle, contemporaine, à quelques années près, du Musikverein de Vienne et du Concertgebouw d’Amsterdam, est à la fois majestueuse d’allure et d’une acoustique claire, naturelle, parfaitement équilibrée, sans que le lieu ait pour autant les vastes dimensions des deux exemples qu’on a cités. La salle du Conservatoire, malheureusement, est dans un triste état : peintures défaites, plâtres effrités, fentes dans les murs, moquette sur le sol, panneaux de bois aggloméré sur la scène. Et des courants d’air ! Avec tout au fond un vénérable Cavaillé-Coll qui ne demanderait qu’à être joué. Même le vénérable Concours reine Elisabeth a cherché asile ailleurs ! Et ce n’est rien, nous dit-on, en comparaison de l’état des espaces intérieurs du bâtiment : « Les pigeons ont depuis longtemps colonisé les greniers, les escaliers s’effondrent et les murs sont inexorablement rongés par l’humidité. »

Un projet de restauration de l’ensemble du Conservatoire existe, élaboré par des mélomanes et des architectes, et soutenu par la Fondation Roi Baudouin, au-delà des clivages linguistiques. Il est évalué à 50 millions d’euros ; chacun peut y contribuer, la volonté politique, si elle existe ou si on la stimule, fera le reste.

photo : salle du Conservatoire de Bruxelles (dr)

Mendelssohn, Schumann, Holliger. Jan Michiels, piano ; Orchestre du Conservatoire de Bruxelles, dir. Heinz Holliger. Conservatoire, mercredi 20 février 2013. Pour en savoir plus sur le Conservatoire et sa rénovation nécessaire : www.conservamus.be.

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1 Message

  • Il faut sauver le Conservatoire de Bruxelles 26 mars 2013 18:32, par Eusebius

    Navré d’apprendre l’état de délabrement de cette salle splendide... J’ose espérer que, malgré la crise et les relations difficiles entre communautés, une chaîne d’union se constituera pour la réhabiliter et lui rendre son âme !
    Un Ardennais (français pour 4 km de la frontière) qui eut le bonheur de travailler à Bruxelles au début des années 60. Et qui était assidu des concerts et spectacles dont la ville était déjà fort riche.

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