Idomeneo de W. A. Mozart

Les filles remportent la palme au rayon de contreplaqués

Idomeneo de W. A. Mozart

La première édition festival Mozart mis sur orbite par Michel Franck, patron depuis un an du Théâtre des Champs Elysées, vient de s’ouvrir sur une nouvelle production d’Idomeneo de Mozart. En attendant la Messe en ut mineur, La Finta Giardiniera et l’Enlèvement au sérail en versions de concert*). Directeur artistique du festival, le jeune maestro Jérémie Rohrer est descendu dans la fosse avec son ensemble le Cercle de l’Harmonie pour diriger cet opera seria commandé à Mozart par le Prince Electeur de Bavière afin d’agrémenter les festivités du carnaval de Munich.

Mozart a 24 ans, il lui reste dix ans à vivre pour engendrer les chefs d’œuvre devenus immortels, la trilogie Da Ponte - Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte - et en final La Flûte Enchantée.

Pour un carnaval, le sujet d’Idoménée n’est guère farce même s’il avance masqué : Neptune pratique la barbarie de droit divin mais sait, quand l’amour devient bravoure, exercer sa clémence. Après Luc Bondy au Palais Garnier ou Yannis Kokkos à l’Opéra National de Lorraine où ni l’un, ni l’autre, sur des modes différents, n’avait convaincu, on attendait beaucoup de Stéphane Braunschweig, l’actuel directeur du Théâtre National de la Colline, qui à l’opéra, notamment avec une Jenufa inoubliable, a signé quelques belles réussites.

Laideur et non sens

L’attente était vive, et aussi vive la déception. Braunschweig cette fois s’est complètement fourvoyé dans un décor qui dès le lever de rideau déroute autant par son non sens que par sa laideur. Où sommes-nous ? Au rayon des contreplaqués d’un Casto ou Bricorama ou à celui des parquets en lino de Lapeyre & Co ? D’immenses panneaux en courbes luisantes sont censés représenter les côtes de Crète où le roi Idoménée vient s’échouer au terme d’une tempête dont la violence a fait croire à sa perte. Le peuple de Crète est costumé façon Deschiens, avec des nippes soldées pour un pique nique familial, l’armée est constituée d’une soldatesque en uniformes beigeasses, Idoménée, après avoir abandonné casquette et médailles, enfile le costard noir trois pièce d’un commis d’état ou commis voyageur. Ilya, d’abord en guenilles d’SDF flotte dans une nuisette blanche, tandis que le grand prêtre, on se demande pourquoi, semble sorti d’une aventure de Tintin… Tous les poncifs usés des transpositions, réactualisations, usés jusqu’à la corde, des vingt dernières années, sont resservis. L’indigestion guette.

Sophie Karthäuser délicieusement aérienne

Reste à écouter : l’orchestre ne prend pas de risque, Jérémie Rohrer connaît manifestement son Mozart, l’aime et le révère avec grâce mais sans fantaisie. Tout est en place, l’habit est cousu main, on aurait aimé l’orner de quelques paillettes. Les femmes dominent la distribution : Ilya par Sophie Karthäuser est délicieusement aérienne comme si ses aigus veloutés venaient d’un autre monde, Idamante, fils et amant, le jeune homme courage trouve en Kate Lindsay, mezzo américaine, souple de corps et de voix, un défenseur émouvant, tandis qu’Alexandra Coku, américaine elle aussi, soprano d’une formidable richesse fait éclater les rages et les désespoirs d’Elletra qui aime Idamante et n’en est point aimée. Richard Croft a tant de fois chanté Idomeneo qu’on le sent saisi d’érosion. Le rôle est redoutable il est vrai - au-delà du raisonnable parfois – Mozart aimait parier sur les résistances de ses chanteurs – et Croft s’y colle en abonné fidèle, un rien désabusé.

Idomeneo de W.A. Mozart, livret de Giambaptistta Varesco, le Cercle de l’Harmonie direction Jérémie Rohrer, chœur Les Eléments direction Joël Suhubiette, mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig, costumes Thibault Vancraenenbroeck, lumières Marion Hewlett. Avec Richard Croft, Sophie Karthäuser, Kate Lindsay, Alexandra Coku, Paolo Fanale, Nigel Robson, Nahuel di Pierro.

Théâtre des Champs Elysées, les 15, 17, 21, 22 juin à 19h30, le 19 à 17h.

20 juin : L’enlèvement au Sérail

24 juin : la Messe en ut

28 juin : La Finta Giardiniera

01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

Crédits photos : Théâtre des Champs Elysées

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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