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Critiques / Opéra & Classique

INTO THE WOODS de Stephen Sondheim et James Lapine

par Caroline Alexander

Quand les paradis des contes de fées finissent au purgatoire

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L’événement était attendu : après les délices de A little Night Music en 2010, les frissons de Sweeney Todd un an plus tard et la traversée dans le monde de la peinture de Sunday in the Park with George en 2013 (voir WT 2205, 2788, 3714), le retour du compositeur Stephen Sondheim sur la scène du Châtelet faisait d’avance saliver les papilles.

Quatrième création française de l’une de ses douze comédies musicales, Into the Woods (Promenons-nous dans les bois) inspiré des contes de fées promettait de nous ramener dans les mondes enchantés de l’enfance. Ce ne fut pas vraiment le cas.

Aux contes de Perrault, Grimm et de Jacobs, Sondheim et James Lapine, son librettiste, ont greffé une histoire d’un nouveau type imaginée pour réunir les héros mythiques des trois premiers. On y rencontre un brave boulanger qu’une méchante sorcière a frappé d’une malédiction : lui qui rêve d’enfants, restera stérile tant qu’il n’aura pas ramené du fond des bois une cape vermeille (du Petit Chaperon Rouge), une pantoufle d’or (de Cendrillon), une vache blanche comme le lait (celle de Jack et les haricots magiques) une tresse de cheveux d’or (coiffant la belle Raiponce/Rapunzel).

Once upon a time : un narrateur gris de cheveux, de barbe et de costume, relie les épisodes, les commente et même y participe déguisé en vieux prophète. Dans la forêt aux multiples paysages, les rencontres improbables, les courses poursuites semées de pièges trafiquent les aventures connues des uns et des autres, sous l’œil malin de la sorcière fatale. Des trouvailles poétiques et des instants de joyeuse dérision percent des longueurs que la musique raffinée et savante de Sondheim ne réussit pas toujours à animer. Durant l’entracte quelques spectateurs désertent.

La suite pourrait leur donner raison. La forêt est toujours présente avec ses effets de lumières, ses savoureuses marionnettes animales, mais le temps des féeries est passé, les contes roses ont viré au noir. Les couples qui s’aimaient tant ne s’aiment plus, ils se trompent et se massacrent. Une géante malfaisante (la voix off de Fanny Ardant lui donne un cachet chic) fait tout dégringoler, y compris la nature qui se fissure et explose en catastrophes diverses, des cadavres jonchent les sous-bois, les survivants sont arrosés d’un flot de sentences moralisantes et pseudo-humanistes qui dégoulinent de partout. Un revirement sentimental de dernière minute vient clore l’épopée, histoire de fabriquer un final conforme à l’esprit musicals et à rassurer les familles.

Direction d’orchestre impeccable (David Charles Abell à la tête de l’Orchestre de chambre de Paris) mise en scène riche de rebondissements (de Lee Blakeley, inséparable compagnon de route de Sondheim) et troupe vaillante défendent ce singulier mélange de comédie et de psychanalyse où les théories de Jung tendent la perche aux analyses de Bruno Bettelheim.

Beverley Klein compose une sorcière aux saveurs de Walt Disney, Christine Buffle, Kimy Mc Laren, Nicholas Garret, Pascal Charbonneau sortent de leurs registres lyriques habituels pour servir efficacement cette musique subtile et érudite à laquelle il manque le grain de swing qui s’incruste dans la mémoire et donne envie de danser sur les trottoirs.

Into the woods de Stephen Sondheim et James Lapine, orchestre de chambre de Paris, direction David Charles Abell, Mise en scène Lee Blakeley, décors Alex Eales, costumes Mark Bouman, chorégraphie Lorena Rundi, lumières Oliver Fenwick, marionnettes Max Humphries. Avec Kimy McLaren, Leslie Clack, Nicholas Garrett, Christine Buffle, Beverley Klein, Pascal Charbonneau, Francesca Jackson, Rebecca de Pont Davies…

Châtelet, les 1er, 2, 4, 5, 8, 10, 12 avril à 20h, le 6 à 16h.

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

Photos : Marie-Noëlle Robert

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