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Critiques / Opéra & Classique

IL BARBIERE DI SIVIGLIA de Gioacchino Rossini

par Caroline Alexander

Rossini en pure farce : une reprise où le rire fonce toujours au trot endiablé

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On l’avait découverte il y a un an et demi cette production hilarante du Barbier de Séville importée du Grand Théâtre de Genève (voir WT 4280 de septembre 2014). On la retrouve presque avec le même plaisir pour une petite dizaine de représentations jusqu’au début du mois de mars.

Rossini traité en pure farce, pourquoi pas ? Sa musique scintillante de paillettes s’y prête, les ricochets blagueurs de son histoire empruntée à Beaumarchais se glissent sans états d’âme sur un fil rouge facétieux. On pourrait regretter un étalage plus visible de sa satire sociétale (condition de la femme etc…) ou encore ce brin de poésie qui sous-tend les amours de Rosine et de Lindoro/Almaviva. C’est la toile de fond de l’œuvre, son message mais il est si fort qu’il résiste à tout.


On retrouve donc le décor pivotant de Paolo Fanti, où tourne, tourne, tourne la grande demeure de Bartolo, abordée de face, de profil, de dos, ses chambres, ses salles de bains, cuisines, ses escaliers en spirales, ses murs ocre et ses gags en pagaille. Ce Barbier-là joue l’homme à tout faire (et dire) dans une Séville populo du XXème siècle, avec linge aux fenêtres, voiture chic – Ford Escort bleue canard-, vélo, moto et bistrot-snacks. Tout reste conforme à la mise en scène alerte de Damiano Michieletto, y compris sa direction d’acteurs toujours aussi vigilante et inventive.

Musicalement, des différences s’affichent et s’entendent. A commencer la direction d’orchestre de Giacomo Sagripanti – qui courageusement avait remplacé Michel Plasson, à « baguette levée », pour la récente reprise de Werther (WT 4962) – et qui ici substitue au flamboiement musical, une concentration un rien terne. Dès l’ouverture un manque de sonorités (et y en a à revendre ans la partition) et une étrange lenteur en musellent le tempo. Les voix en revanche sont scrupuleusement respectées.


Le jeune Alessio Arduini succède au baryton Dalibor Jenis considéré comme le meilleur Figaro possible. Il possède l’allant, la souplesse, l’humour et la canaille du personnage, mais la voix, comme timide, manque encore d’éclat. Lawrence Brownlee en Lindoro/Almaviva dévale les escaliers en acrobate, la voix est souple, agile mais la projection trop ténue jusqu’à son dernier air « Olà t’accheta… » qu’il largue enfin en bonne santé. Le vieux Bartolo a les rondeurs physiques et vocales de Nicola Alaimo, il le joue sans caricature et le chante sans emphase mais avec l’art de mitrailler les syllabes rossiniennes qui se suivent en cascade. Basilio a bien de la chance d’être défendu par le russe Ildar Abdrazakov qui jongle avec son timbre de basse avec une géniale – le mot n’est pas trop fort - maestria.
Cette chance sourit aussi – surtout sans doute – à Rosina, la rebelle, l’amoureuse qui a trouvé en Pretty Yende, ravissante soprano née en Afrique du Sud, joliesse, souplesse, velouté et des aigus aux pointes filant vers les étoiles. Une belle découverte.

L’ensemble garantit une heureuse soirée.

Il Barbiere di Siviglia de Gioacchino Rossini, livret de Cesare Sterbini d’après Le Barbier de Séville de Beaumarchais. Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, direction Giacomo Sagripanti, chef des chœurs Alessandro da Stefano, mise en scène Damiano Michieletto, décors Paolo Fantin, costumes Silvia Aymonino, lumières Fabio Barettin. Avec Pretty Yende, Lawrence Brownlee, Nicola Alaimo, Alessio Arduini, Ildar Abdrazakov, Pietro di Bianco, Anais Constans, Laurent Laberdesque.

Opéra Bastille, les 2, 5, 9, 12, 16 février à 19h30, les 21 & 28 février à 14h30, le 25 février à 20h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos Julien Benhamou

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