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Critiques / Opéra & Classique

I PURITANI - LES PURITAINS de Vincenzo Bellini

par Caroline Alexander

Des castels en filigrane et des voix

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C’est le dernier opéra du prince du bel canto, Vincenzo Bellini (1801-1835), une œuvre au souffle dense sertie d’airs de bravoure. Pas sa meilleure. Loin de son chef d’œuvre Norma ou de ses Capulet et Montaigu… La faute au livret ? Bellini fâché avec son librettiste Felice Romani, s’était tourné vers Carlo Pepoli, poète moins doué pour ce type d’écriture.

Celui-ci adapte en dialogues un rien pompiers un roman de Walter Scott (Old Morality), une histoire noire sur fond d’Histoire, dans l’Angleterre de Cromwell dont les alliés Puritains font la guerre aux Royalistes partisans des Stuart. Un roman d’amour contrarié par la politique. Ils s’aiment mais ne sont pas du même bord, les castes de leurs familles sont ennemies. Eternelles émanations des Roméo et des Juliette…

Elvira, fille d’un partisan des Républicains aime Arturo, cavalier au service des Stuarts. Elle avait été promise à Riccardo, fidèle de Cromwell. Giorgio, son oncle donne la priorité à l’amour et s’apprête à célébrer le mariage des amants. Avant la cérémonie, Arturo reconnaît la reine, veuve de Charles 1er, dans une prisonnière condamnée à l’échafaud. Il va se servir du voile de mariée de sa future pour organiser sa fuite. Le subterfuge mal compris par Elvira qui se croit trahie lui fait perdre et la foi et la raison… Le thème de la folie est aussi dans l’air du temps. Mais contrairement au sort de Lucia di Lammermoor – sa contemporaine, héroïne de Donizetti – un retournement de situation de dernière minute, conclut à une fin heureuse. Tout est dans la musique, surtout dans ses numéros de virtuosité belcantiste

Composé en France à Puteaux, créé à Paris au Théâtre des Italiens en 1835, ces Puritains n’entreront au répertoire de l’Opéra de Paris qu’en 1987, sur la scène de l’Opéra-Comique qui était alors sa deuxième salle. La production d’alors, signée Andrei Serban avec notamment June Anderson en Elvira a laissé des traces. Hormis une version de concert au Théâtre des Champs Elysées, on ne les avait plus ni vus ni entendus dans la capitale.

Laurent Pelly s’empare de leur retour dans une sorte de poésie graphique toute en légèreté filigrane. La forteresse de Plymouth se déplace, tourne sur elle-même, révèle des lieux intimes tracés à l’encre de Chine d’une plume qui esquisse des silhouettes de castel . Quand débarque la soldatesque on pousse un ouf de soulagement : elle n’est pas armée de mitraillettes ni couverte de treillis, ses uniformes ont un petit air de gravure d’époque et elle manipule des lances et des épées. Laura Pelly et Chantal Thomas, sa décoratrice, ont résisté en beauté à la manie des transpositions qui depuis quelques dizaines d’années sème la confusion du temps et des espaces sur les scènes d’opéras. Les robes stylisées des choristes se déplaçant en glissades, les lumières tantôt crépusculaires, tantôt poursuivant les personnages comme au music-hall, confèrent à ces Puritains une touche de dessin animé qui leur vont bien au teint.

Reste le problème des voix. On les voudrait exceptionnelles dans la grande maison parisienne. Mais celles-ci ne sont pas toujours à portée de contrat. Les gosiers disponibles peuvent réserver de bonnes surprises, parfois même des découvertes comme celle de la jeune soprano italienne Maria Agresta pour la première fois sur une scène à Paris. Son Elvira est de chair, de passion, de tumulte, son timbre généreux reste chauffé jusque dans les suraigus des vocalises voltiges et son chant ne se sépare jamais de son jeu. Effet de trac d’une première ? Le jeune ténor russe Dmitry Korchak alterne des moments de grâce avec des fuites frôlant le cri. Après un démarrage hésitant, Mariusz Kwiecien, baryton de Pologne, s’affirme peu à peu et finit par donner à son Riccardo une sécheresse plausible. C’est Michele Pertusi, belle basse italienne, qui, en Giorgio humain et humaniste, trouve la dimension idéale du personnage, tant vocalement – des graves qui traversent l’âme - que par l’intériorité de son jeu.

Michele Mariotti dirige pour la première fois l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Fin spécialiste du répertoire italien et belcantiste, il semble rester sur une certaine réserve, sa direction fluide, à l’écoute des voix qu’il prend soin de ne pas couvrir, n’atteint pas toujours la folie romantique qui baigne la musique de Bellini. Trop de sagesse peut nuire.


I Puritani – Les Puritains, de Vincenzo Bellini, livret de Carlo Pepoli, orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Michele Mariotti, chef de chœur Patrick-Marie Aubert, mise en scène et costumes Laurent Pelly, décors Chantal Thomas, lumières Joël Adam. Avec Maria Agresta, Michele Pertusi, Dmitry Korchak (et René Barbera en alternance), Mariusz Kwiecien, Luca Lombardo, Andreea Soare, Wojtek Smilek
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Opéra National de Paris, Bastille, les 25, 30 novembre, 3, 6, 9, 12, 14, 14, 17, 19 décembre à 19h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

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