Hubris de Clara Jauvart – Lacoste.
Une relecture réussie de L’Iliade.

L’autrice Clara Jauvart – Lacoste propose une réécriture de l’Illiade, pour interroger la puissance destructrice de l’hubris. La pièce reprend l’épopée grecque antique qui retrace les dernières semaines de la guerre de Troie. La pièce Hubris évoque le ressentiment d’Achille envers Agamemnon qui lui a pris son esclave préférée Briséis. Fou de colère, Achille refuse de poursuivre les combats et met en péril l’armée grecque. Cette querelle entraîne une série d’événements tragiques, y compris la mort de l’ami d’Achille, Patrocle, et finalement la mort du héros troyen Hector, tué par Achille pour venger son ami.
L’écriture contemporaine de la pièce rend cette histoire plus accessible et comme le confie l’autrice « elle ne s’adresse pas qu’aux hellénistes, mais à tout le monde ». Afin de rendre l’intrigue plus claire, elle crée les personnages de deux soldats qui par leurs échanges parfois amusants permettent de mieux saisir le contexte. L’histoire est toujours située dans l’Antiquité mais elle fait écho avec notre époque. La tenue militaire et contemporaine des deux soldats et les vêtements simples, blancs ou noirs, des personnages facilitent les rapprochements temporels sans les imposer.
Clara Jauvart-Lacoste reprend l’intrigue fidèlement et les répliques soulignent le rôle fondamental que jouent la colère, la vengeance, l’entêtement dans les décisions que prend Achille. La pièce met en valeur cette démesure qui conduit les hommes puissants à se croire supérieurs. Elle rappelle que l’orgueil, la rancœur et la blessure narcissique sont à l’origine de la tragédie et que les conflits naissent de l’incapacité des hommes à renoncer à cette démesure, un mécanisme fatal qui traverse les époques et résonne encore de nos jours. La pièce accorde aussi une place majeure aux femmes contrairement à l’épopée homérique. Les voix de la déesse Thétis, de Briséis et Chryséis s’élèvent avec force pour dénoncer leur condition d’esclaves et les violences dont elles sont les victimes. Derrière les récits héroïques, ce sont des vies brisées, des mères endeuillées, des corps sacrifiés et violentés. Cette dimension féminine, rarement explorée dans les adaptations de l’Iliade, apporte une profondeur émotionnelle et politique essentielle.
La mise en scène est sobre et le décor est composé d’une immense tente blanche tachée de rouge qui remplit les fonctions de palais, de refuge, de prison. Cet espace minimaliste se module au gré des événements et de la tension dramatique.
Les six comédiens et comédiennes sur le plateau offrent des interprétations d’une grande intensité. Les discussions parfois houleuses, entre Achille, envahi par la colère, et Patrocle plus pacifiste et qui tente en vain de ramener son ami à la raison, sont l’occasion de proposer une réflexion plus large sur l’orgueil et la loyauté. Les dialogues de Thétis, Briséis et Chryséis sur la place des femmes dans les guerres sont particulièrement émouvants. Seules les interventions ponctuelles et parfois comiques des deux soldats apportent un peu de légèreté dans la violence de la guerre.
Les six comédiens sont membres de la compagnie PAIZO créée en novembre 2023, juste après leur sortie du Cours Florent. Hubris est leur première création et elle répond parfaitement aux objectifs que s’est fixé la compagnie : « En s’appuyant sur les mythes et l’Histoire, notre travail aborde des thématiques contemporaines fortes, avec la volonté de mettre en lumière les mécanismes de répétition des erreurs du passé et les dangers qu’elles représentent pour l’avenir. » Hubris répond fort bien à leurs intentions et la démesure qui anime les personnages de la tragédie grecque se retrouve hélas dans la soif de domination de puissants de notre monde.
A partir de 12 ans
Autrice et metteuse en scène : Clara Jauvart-Lacoste
Avec Adrien Bensmaine, Matéo Krzyzyk-Krand, Cécile Garnier, Corentin Gerold, Léa Michelot et Clara Jauvard-Lacoste
Direction artistique : Ugo Bussi
Collaboration artistique : Renato Ribeiro
Diffusion Drama Queen
Crédit photo : Ugo Bussi
Festival off Avignon jusqu’au 25 juillet
Théâtre Roseau-Teinturiers, 45 rue des teinturiers, Avignon
A 14h55 – durée : 1h20



