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Critiques / Théâtre

Hetero de Denis Lachaud

par Gilles Costaz

Un jeune homme à marier

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Etrange pièce ! Dans un salon bourgeois (fermé par une série de portes, comme au boulevard), un couple d’hommes mariés manifeste beaucoup d’amour pour leur grand fils, qui a plus de vingt ans. Mais les deux pères lui reprochent gentiment de ne pas avoir rencontré l’homme avec qui il pourrait faire sa vie. On demande à un marieur de prendre l’affaire en main. Le problème est vite résolu, sauf que le « promis », le futur fiancé, est le directeur du jeune homme ! Epouser son directeur, est-ce une bonne idée ? Les fiançailles ont quand même lieu, mais les jeunes gens seront soumis à une rude épreuve...
Denis Lachaud a, en effet, écrit une comédie fort bizarre, qui se présente comme une parodie de vaudeville adaptée au mariage homosexuel mais change de ligne en cours de route pour atteindre la tragédie et passer du parodique au lyrique. Selon l’auteur, c’est un texte sur « l’autre », comme l’indique le mot hetero sans accent, pusqu’il s’agit du terme latin qui signifie précisément autre, différent. Thomas Condemine a conçu une mise en scène qui a l’étrangeté et l’originalité du texte. Tous les acteurs ont le visage blanc, comme des clowns (sans nez rouge), ils peuvent apparaître avec des cornes de cerf dans le dos ou bien les traits dissimulés par des voiles, comme la femme dans les pays musulmans rigoristes ; enfin, ils sont victimes de jets de matières mystérieuses qui les maculent et rendent la scène glissante ! Autant de signes dont on comprendra, ou pas, le symbolisme.
John Arnold et Christian Caro incarnent les deux pères avec un impeccable sérieux de pasticheurs. Valentin de Carbonnières joue le jeune homme avec une grâce que le climat de plus en plus glauque n’entame pas. Leurs partenaires, Bertrand Farge et Yvon Martin, ont beaucoup d’aplomb à l’intérieur de cette aventure périlleuse.
Voilà un spectacle qui répond parfaitement à la mission du Rond-Point de Jean-Michel Ribes : faire connaître des auteurs neufs et singuliers. Il y a là de quoi être décontenancé, mais quelle belle écriture, quelles belles mises en scène et interprétations fortes et troublantes !

Hetero de Denis Lachaud, mise en scène de Thomas Condemine, scénographie et costumes de Camille Vallat, lumière de Thierry Fratissier, son de Thomas Sillard, avec John Arnold, Valentin de Carbonnières, Christian Caro, Bertrand Farge, Yvon Martin.

Théâtre du Rond-Point, tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 19 octobre. Texte chez Actes Sud-Papiers. (Durée : 2 h 05).

Photo Giovanni Cittadini Cesi.

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