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Critiques / Théâtre

Guérisseur de Brian Friel

par Gilles Costaz

Le mystère du charlatan

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Le théâtre contemporain abuse du monologue. Ce qui peut rendre suspicieux à l’égard de la pièce de Brian Friel, Guérisseur, que le Lucernaire met à l’affiche : le texte est composé de quatre monologues. Trois personnages viennent parler successivement, et le premier revient en fin de spectacle pour un dernier soliloque ! Mais il se trouve que Brian Friel est un immense auteur, le plus grand écrivain de théâtre irlandais après Synge, Beckett et O’Casey. Alors le non-dialogue devient du dialogue. Les quatre moments ne cessent de se répondre, composant un ensemble sans fin, puisque la vérité n’est jamais définitive, les mystères soulevés jamais éclaircis. Au centre de la pièce, un guérisseur, un homme qui croit ses mains magiques et qui les impose sur les malades des campagnes écossaises et galloises. Il va de village comme un acteur ou un prédicateur : de grandes affichent annoncent « Le Fantastique Frank Hardy ». Ce charlatan a-t-il une mission de vie ou de mort ? Les secrets de chacun sont lourds, épais, douloureux. Ceux de Franck Hardy d’abord, mais également ceux de sa compagne et ceux de son imprésario. L’alcool coule à flots dans les veines de Franck et c’est dans un pub que les relations du guérisseur avec les autres hommes prennent une nouvelle tournure…
Au théâtre, comme en littérature, il faut parfois admettre qu’on ne comprend pas tout ce qui se cache sous les mots. Benoît Lavigne a conçu une mise en scène aux tempos patients qui respecte cet aspect indéchiffrable, ou plutôt ouvert à nos différentes interprétations. Il met en place un univers sombre, dépouillé mais non nu, planté de quelques éléments significatifs. Xavier Gallais (puisque c’est lui que nous avons vu, mais le rôle de Franck est tenu en alternance par Thomas Durand) est, on le sait, l’un de nos grands acteurs : il incarne de façon blessée et masquée un guérisseur ambigu, aux souffrances inavouées. Il est magistral. Bérangère Gallot est toute sensibilité. Hervé Joual leur oppose une partition plus hâbleuse, mais pas moins énigmatique. La soirée est tout à fait envoûtante.

Guérisseur de Brian Friel, traduction d’Alain Delahaye, mise en scène de Benoît Lavigne, collaboration artistique de Sophie Mayer, décor et costumes de Tim Northam, musiques de Michel Winogradoff, lumières de Denis Koransky, avec Xavier Gallais (en alternance avec Thomas Durand), Bérangère Gallot et Hervé Jouval.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 14 avril. Texte à l’Avant-Scène Théâtre (ainsi que les autre œuvres de Brian Friel). (Durée : 1 h 35).

Photo Karine Letelier.

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