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Critiques / Théâtre

Gouttes d’eau sur pierres brûlantes de Fassbinder

par Gilles Costaz

D’une sexualité à l’autre

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Pièce de jeunesse (Fassbinder a dix-neuf ans, mais on sait qu’il ne fera pas de vieux os – il mourra à trente-sept ans), ce texte est d’une sacrée clairvoyance ! Un jeune homme qui a une petite amie emménage, presque inconsciemment, avec un autre homme dont il devient l’amant et, quasiment, l’homme de ménage. Il se laisse enfermer dans une petite vie bourgeoise, où il effectue tous les travaux de la maison tandis que son ami est au travail. Mais la petite amie réapparaît, et aussi une autre femme qui viennent changer la tranquillité et les plaisirs sexuels de ce couple d’hommes...
Fassbinder avait une belle avance sur Jean-Marie Besset en matière de bisexualité ! Sa pièce reste saisissante, même aujourd’hui. Le metteur en scène en scène Hugo Bardin la met en marche dans un décor irréaliste où un lit minuscule est placé au terme d’un escalier aux marches raides. L’action est en deux temps : vie conjugale et étouffante, d’abord, vie sexuelle débridée ensuite. Curieusement, la première partie est plus décapante, car on associe rarement la vie d’un couple homo à des journées popotes, avec domination à caractère domestique. La seconde partie, dénudée, avec sous-vêtements tapageurs pour les femmes, est plus banale. On a tant vu ces parades du corps et de la lingerie ! Quoi qu’il en soit, Bardin mène bien la continuité d’une œuvre noire, ricanante, qui va vers l’éclatement des fidélités et des ententes amoureuses. Alexis Gilot, dans le rôle du jeune homme (qu’il assure en alternance avec Antonin Chalon), joue le rôle du jeune homme victime, tandis qu’Emmanuel Rehbinder incarne, avec une dureté finement nuancée, celui du partenaire dominateur. Marie Petiot et Kameliya Stoeva se chargent de la partition féminine en dessinant à la fois la fragilité mentale et la quête obsessionnelle du plaisir. Ainsi présentée, la pièce conserve la brûlure que proclame le titre.

Gouttes d’eau sur pierres brûlantes de Rainer Werner Fassbinder, texte français de Jean-François Poirier, mise en scène et costumes d’Hugo Bardin, décor de Yohann Chemoul et Marine Vernhettes, musique d’Alexandre Mouchtouris, vidéo de Raphaël Firon, avec Alexis Gilot (en alternance avec Antonin Chalon), Marie Petiot, Emmanuel Rehbinder, Kameliya Stoeva.

Théâtre de Belle Ville, dimanche et lundi 21 h 15, mardi 19 h, tél. : 01 48 06 72 34, jusqu’au 21 octobre. (Durée : 1 h 30).

Photo Raphaël Firon.

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