Accueil > Françoise par Sagan

Critiques / Théâtre

Françoise par Sagan

par Gilles Costaz

La solitude après la fête

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Quand il n’y a plus de Jaguar au garage, de tapis de jeu et de roulette dans des nuits sans fin, d’alcool dans des verres de boîte cinq étoiles, de rires prolongés avec les causeurs les plus enivrants, que reste-t-il de Sagan ? Il reste Sagan sans sa légende, dans sa solitude et sa vérité. C’est-à-dire tout Sagan. Telle est l’orientation du spectacle Françoise par Sagan que Caroline Loeb a composé à partir d’un livre de confessions de l’écrivain et joue non pas en one woman show mais en actrice solitaire, juste accompagnée de mots arrachés à des pages écrites à voix basse et guidée par la mise en scène discrète et admirative d’Alex Lutz.
Sagan conte qu’elle est devenue écrivain sans trop y croire, comme pour gagner un pari, et qu’elle a enchaîné ensuite dans la vie qu’elle aimait, prise dans un tourbillon qui s’arrêtait souvent à sa table de travail. Elle n’a pas écrit beaucoup de livres, mais elle a toujours tracé ce qu’il y avait de plus brûlant en elle, ses livres étant moins joueurs, plus profonds que ses pièces de théâtre. L’amour a beaucoup compté, mais les amitiés ont été plus solides. La solitude et les fragilités du corps ne l’ont pas souvent abandonnée. Après la fête, pour que l’aurore n’ait pas un goût amer, Sagan plonge dans la lucidité et, de chez elle, regarde l’humanité avec tendresse. L’auteur de Bonjour tristesse dit un bonsoir triste et joyeux à la vie. Elle le fait doucement, comme pour chasser les malentendus, avec une fermeté qui évite les heurts et dans une merveilleuse affection pour ceux qui ne l’ont pas comprise.
Caroline Loeb fait juste quelques pas, s’asseoit un peu. Son costume, sa perruque évoquent le personnage qu’elle incarne, mais sans chercher l’exactitude d’une photographie. La proximité avec Sagan est ailleurs, dans l’intériorisation du langage, dans l’art de parler à autrui en parlant à soi-même, dans le refus de s’émouvoir alors que tout qui vibre là est émotion à fleur de peau, dans l’avancée sur un fil et dans la brume du passé où l’urgence et la désinvolture sont des âmes sœurs. Elle est sidérante, Caroline Loeb, dans cette apparition-là. C’est beau comme un passage dans la nuit où le temps de saisir le mystère d’une silhouette vous est donné, avant qu’elle ne s’évanouisse.

Françoise par Sagan d’après Je ne renie rien (propos et entretiens publiés chez Stock), adaptation de Caroline Loeb, mise en scène d’Alex Lutz avec la collaboration de Sophie Barjac, décor de Valérie Grall, costume d’Irié, musique et création sonore d’Agnès Olier, assistanat de Noisette, avec Caroline Loeb.

Théâtre du Marais, lundi, mardi 19 h, samedi 17 h, tél. 01 71 73 97 83, jusqu’au 31 décembre. (Durée : 1 h 15).

Photo Richard Schroeder.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.