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Critiques / Théâtre

François d’Assise de Joseph Delteil

par Gilles Costaz

Une sainteté quasi païenne

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Si l’on établissait un classement des spectacles à la longévité hors normes, François d’Assise par Robert Bouvier se situerait immédiatement dans le peloton de tête. Voilà près de 25 ans que l’acteur joue son adaptation du texte de Joseph Delteil ! Il ne l’inteprète pas toute l’année. Il partocipe à d’autres spectacles, il dirige même un théâtre à Neufchâtel, en Suisse. Il joue cette œuvre par périodes, par tranches de quelques mois. Au départ, c’est un coup de foudre : le comédien lit le livre de Delteil et pense immédiatement à l’interpréter. A l’arrivée, aujourd’hui, c’est toujours un coup de foudre, mais pour le spectateur, tant ce théatre à un acteur, mis en scène par Adel Hakim, a la vie d’un fleuve qui court sans jamais perdre la pureté et la vivacité de sa source. Deleteil n’était pas un bigot. Il voit François d’Assise comme un saint charnel. Saint ? Oui, mais pas tout de suite. Il guerroie pour le compte des états italiens morcelés et bagarreurs de son temps, connaît le plaisir de la chair et, entendant l’appel de Dieu, parle aux animaux, restaure une chapelle et se consacre aux autres. Ce prêcheur un peu païen, ce chrétien un peu panthéiste n’est jamais dogmatique. D’un même mouvement, il embrasse les hommes bien-portants et malades, la nature, les idées et l’obession de Dieu. En même temps, son amour des autres n’est jamais tranquille ni béat. Il dit : « Il n’y a qu’une guerre. C’est l’esprit de guerre ».
Dans le décor d’Yves Collet qui combine avec beauté les idées de ciel, de lune, de terre, de blé et de rempart, Robert Bouvier donne une vie toujours renouvelée à la mise en scène d’Adel Hakim (mort l’an dernier) fondée sur les contrastes et la quête de l’harmonie. La voix de l’acteur est magnifique. Elle a deux tonalités de grave. Allant de la puissance à la douceur, Bouvier malaxe le texte comme le boulanger brasse sa pâte. Il en presse chaque phrase, circulant entre la gravité et la joie, entre l’intériorité et le partage amical, entre la douleur dominée et le bonheur chanté. Tout est païen et divin à la fois, pouilleux et grandiose, gitan et céleste. On est là bien au-delà du juste hommage rendu à un grand écrivain trop oublié, Delteil. C’est un moment moderne du théâtre qui s’appuie sur les modes de la tragédie antique et du mystère médiéval pour leur voler leur force de catapulte.

François d’Assise de Joseph Delteil, adaptation d’Adel Hakim et Robert Bouvier, mise en scène d’Adel Hakim, scénographie d’Yves Collet en collaboration avec Michel Bruguière, création lumières de Ludovic Buter adaptéé par Bernard Colomb, son de Christoph Bollmann, assistanat de Nathalie Jeannet. Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

Théâtre de Poche-Montparnasse, 19 h, tél. : 01 45 44 50 21. Jusqu’au 15 juillet. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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