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Critiques / Opéra & Classique

François Chaplin et l’esprit viennois

par Christian Wasselin

De Mozart à Schubert, l’esprit est le même, mais l’humeur a changé : elle est tissée d’imprévu.

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Sans qu’il faille donner un sens à l’Histoire de la musique (c’est une histoire, après tout, et elle aurait pu tourner tout autrement), il est possible d’y voir des généalogies, des filiations. De Haydn et Mozart à Beethoven et Schubert, par exemple, la parenté va de soi. L’esprit aussi, même si Beethoven le Rhénan y a mis un peu plus de virilité, un peu moins de souriant abandon. C’est ainsi que le pianiste François Chaplin a eu l’idée d’imaginer un récital sur le thème de « L’esprit viennois ». Encore s’agit-il d’un récital essentiellement consacré à Schubert, Mozart n’intervenant qu’en guise de prélude. Oui mais justement, c’est dans Mozart qu’on aime le mieux François Chaplin : sa Sonate K 330 est vive, délurée. Le mouvement lent, surtout, a quelque chose de troublé avec sa section centrale tout à coup inquiète, d’une humeur assombrie. François Chaplin l’aborde sans crier gare, et l’effet est saisissant. Puis vient la coda, abrupte et ineffable, comme une apparition. En bis, dans le même esprit, le fragment d’une sonate de Haydn que joue François Chaplin donne dans la même veine : joueuse, acérée. Et l’Arabesque de Schumann, qui finit la soirée, laisse toutes ses chances au rêve.

Dans Schubert en revanche, François Chaplin se retient, et peut-être trop. Il nous offre six impromptus, dont les quatre Impromptus D 899, mais on aimerait ici plus de mordant, là plus d’abandon. Le chant sublime du troisième impromptu de ce cycle mériterait une autre ferveur dans la main droite, d’autres angoisses dans la main gauche. Il y a une ironie, il y a du tragique, il y a des sursauts dans l’Impromptu D 935 n° 3, pour citer un autre exemple, qui sont ici fondus dans une espèce de forme lisse aux contours apaisés. Ni le piano Steinway, de belle facture, ni l’acoustique idéale du Théâtre de l’Athénée ne sont ici en cause ; c’est le choix du pianiste, seul, et sa vision d’un Schubert apollinien qui nous valent ces moments suspendus mais sans ce rebond qui puisse leur faire donner, précisément, tout ce qu’il y a en eux de capricieux, d’imprévu, de viennois.

L’enregistrement qui vient de paraître* infirmera peut-être cette impression. A moins que le pianiste y confirme cette vision d’un Schubert soyeux, moins accidenté que riant.

photo : François Chaplin (dr)

* Schubert : 4 Impromptus D 899, 4 Impromptus D 899, Schubert/Liszt : Litanei (1 CD Aparté).

Mozart : Sonate K 330 ; Schubert : Impromptus D 935 n° 2 et 3, D 899 n° 1 à 4, Moment musical D 780 n° 2 . François Chaplin, piano. Théâtre de l’Athénée, 9 mars 2015.

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