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Critiques / Opéra & Classique

Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai

par Caroline Alexander

Alagna en pleine forme, Vassileva, Gagnidze, magnifiques : des voix d’or mais une mise en scène consternante pour un bel opéra à redécouvrir

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Faire redécouvrir des œuvres injustement tombées dans l’oubli fait partie des enjeux de Nicolas Joël, le directeur de l’Opéra National de Paris. Encore faut-il leur donner toutes les chances de convaincre. L’affligeante mise en scène de Giancarlo del Monaco de l’opéra Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai, ses décors tantôt d’un kitch de foire, tantôt d’un réalisme pompier, ses robes ridicules enterrent plus qu’ils ne ressuscitent la musique de ce compositeur imprégné de Verdi et de Wagner. Après son Andrea Chenier ringard (voir webthea du 12 décembre 2009), le fils du célèbre ténor italien récidive.

Riccardo Zandonai (1883-1944) fait partie des auteurs ou compositeurs qui après quelques succès et reconnaissances passent à la trappe des délaissés et négligés des modes. Élève de Mascagni, le père de Cavalleria rusticana, encouragé par Arrigo Boito, compositeur, poète et librettiste de Verdi, il séduit avec des opéras inspirés d’œuvres littéraires, Pierre Louÿs, Selma Lagerlöf ou, et surtout, Gabriele d’Annunzio et sa tragédie médiévale Francesca da Rimini dont il fera un opéra en quatre créé à Turin en 1914.

C’est l’histoire d’un amour impossible hanté par l’Enfer de Dante et le destin de Tristan et Isolde. Francesca est promise en mariage à l’un des trois frères Malatesta. Il lui a suffi d’apercevoir Paolo il Bello pour s’en éprendre au premier regard mais c’est à Giovanni Lo Sciancato, l’infirme, le boiteux qu’elle est dévolue. Le cadet Malatestino, le borgne, également amoureux de sa trop belle belle-sœur, surprend les amants et les dénonce. Ils meurent enlacés sous les coups du mari trahi.

Manifestement le metteur en scène s’intéresse davantage à d’Annunzio qu’à Zandonai. Le masque mortuaire du poète, ami de Mussolini et de ses idéaux, s’inscrit d’emblée sur le rideau de scène et ne le quitte plus, les décors sont ceux de ses diverses résidences telles que les décrit l’abbé Mugnier avec ses bric-à-brac de paravents, statuettes et colifichets. De l’Art déco poids lourd, un premier degré proche du degré zéro.

Le charisme de prince charmant de Roberto Alagna

Ce qui est donné à voir n’a rien à voir justement avec ce que l’on entend : la partition de Zandonai offre de superbes plages musicales. Pas de tremolos pour faire pleurer Margot mais une sorte d’élégance, un souffle où l’on retrouve les respirations de Strauss, de Wagner et même de Debussy, notamment dans le somptueux duo d’amour de l’acte III, vingt minutes de passion et de déchirements que Roberto Alagna fait flamber. Notre ténor vedette, enfant de Sicile et de banlieue, n’a rien perdu de son impeccable diction, de sa projection ciblée, de son legato de velours, de son charisme de prince charmant. La soprano bulgare Svetla Vassileva roucoule dans ses bras. Elle est non seulement une ravissante personne mais elle chante d’une voix limpide en phase avec son personnage et son illustre partenaire. Le baryton géorgien George Gagnidze se glisse avec volupté dans la peau du vilain, le méchant époux boiteux, la voix est impeccable, le jeu grand Guignol, William Joyner, ténor américain, joue et chante le frère borgne avec les mêmes délices. Une direction d’acteurs plus subtile leur aurait sûrement apporté plus de nuances mais le plaisir de les entendre reste heureusement intact. Comme ceux de pratiquement tous les seconds rôles, Louise Callinan, Wojtek Smilek et leurs camarades.

Fermer les yeux pour le plaisir d’entendre

En fermant les yeux on peut se laisser aller au plaisir d’entendre, de découvrir pour beaucoup, ce Zandonai que le chef israélien Daniel Oren sert magnifiquement, entraînant l’Orchestre de l’Opéra National de Paris dans les fresques sonores d’un homme qui manifestement aimait et révérait ses maîtres et ses contemporains.

Francesca di Rimini de Ricardo Zandonai, livret de Tito Ricordi d’après la tragédie homonyme de Gabriele d’Annunzio. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Daniel Oren, chef du chœur Patrick Marie Aubert, mise en scène Giancarlo del Monaco, décors Carlo Centolavigna, costumes Maria Filippi, lumières Hans Rudolf Kunz. Avec Roberto Alagna ( (et Zwetan Michailov le 21 février) Svetla Vassileva (et Rachele Stanisci le 21 février), Louise Callinan, Wojtek Smilek, George Gagnidze, William Joyner, Grazia Lee, Manuela Bisceglie, Andrea Hill, Carol Garcia, Cornelia Oncioiu, Alexandre Kravets, Yuri Kissin, Alexandre Duhamel.

Opéra Bastille – les 31 janvier, 3, 9, 12, 16, 19 & 21 février à 19h30 – le 6 février à 14h30

08 82089 90 90 - +33 1 71 25 24 23 – www.operadeparis.fr

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4 Messages

  • Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai 14 février 2011 10:37, par MONIQUE DELANGLE

    BRAVO les journalistes pour ce juste et merveilleux article, juste enfin qu’on puisse reconnaître notre GRAND ROBERTO ! le meilleur dans le monde ’dixit’ les New Yorkais qui l’emploie 5 fois en une saison pour 5 rôles différents ! c’est un génie, et un TRES GRAND ! merci merci

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  • Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai 24 février 2011 10:13, par Ginette Canaque

    Mme Delangle ,entièrement d’accord avec vous pour la prestation exceptionnelle de notre ténor national Mais il faut dire que nul n’est prophète dans son pays .Lorsqu’on pense qu’il est engagè sur toutes les scènes du monde et qu’en France nous devions attendre 7 ans pour avoir le plaisir de l’entendre on se demande à quoi pensent les directeurs de théâtre ! Dans cet opéra il faut dire aussi que tous les rôles sont superbement interprétés Quant à la mise en scène désolée mais j’ai trouvé le lever de rideau magnifique et d’un romantisme ! Nous allons à l’opéra pour vivre une passion avec une oeuvre et à moins que la mise en scène soit vraiment pas du tout à la hauteur ( ce qui n’est pas le cas ici ) Nous nous laissons porter par la musique et les chanteurs sans chercher ..midi à 14 h excusez moi l’expression En tout cas félicitation à toutes les équipes qui ont travaillé sur cette oeuvre ! Et bonne route à Roberto Alagna pour les différents opéras qui l’attendent à Londres Paris Barcelonne le Met Enchantez nous encore longtemps Quand à moi RV à Rennes puis Pleyel 4 j plus tard Amicalement Gina

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