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Critiques / Théâtre

Faute d’impression de Laurence Sandrowicz

par Gilles Costaz

Les mots d’un autre

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Après une belle et poignante pièce liée au génocide du peuple juif, Les Cerises au kirsch, Laurence Sandrowicz a écrit et joue un nouveau monologue, contant quelques mois de la vie d’une traductrice. En effet, elle est surtout connue comme traductrice (on lui doit toutes les versions françaises du théâtre d’Hanoch Levin). C’est donc de ce métier qu’elle parle, mais dans une fiction où elle se dépeint de façon détournée. Son personnage est chargé de traduire les divers livres un auteur à succès. C’est l’entente parfaite entre l’éditeur, le romancier étranger et elle-même. Dix ans de succès. Mais la femme prend part avec douleur à cette réussite. Un traducteur n’est-il pas un auteur raté ? Ne s’exprime-t-il pas avec les mots d’un autre ? L’entourage de cette femme, ses enfants surtout, ne connaissent pas tout de l’histoire de la famille. Ne faudrait-il pas écrire un livre pour témoigner ? Ce livre, elle le fait. Et elle l’envoie, sous le nom de l’écrivain à succès, à l’éditeur. Pour dire la vérité, et créer un incident tout à fait destructeur.
Le metteur en scène Nafi Salah a conçu une mise en scène simple et juste : le personnage s’exprime sur une scène presque vide (il n’y a guère qu’un pupitre) et vient aussi s’installer dans l’allée, où une table de bistrot et une chaises ont été placées. Tout est minimal, et c’est que l’on aime, l’attention se portant Laurence Sandrowicz tantôt lointaine, tantôt proche. Son jeu feutré fuit le pathétique et, dans sa simplicité et sa douceur, suggère le secret et l’insondable. Le texte lui-même reste suspendu, comme si Sandrowicz se refusait à boucler une histoire, préférait que le spectateur demeure dans l’incertitude d’un tourment et non dans la lumière d’un scénario achevé. C’est à nous de conclure la pièce, ce qui est irritant. Et excitant.

Faute d’impression de et avec Laurence Sendrowicz, mise en scène et scénographie de Nafi Salah, musique originale de Yaacov Salah et Meïr Salah, lumière de Pascal Noël, costumes d’Esther Marty-Kouyaté.

Manufacture des Abbesses, du mercredi au samedi, 19 h, tél. : 01 42 33 42 03, jusqu’au 11 octobre. (Durée : 1 h 10).

Photo DR.

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