Du 4 au 7 et du 12 au 15 novembre 2025 au Théâtre Olympia et CDN de Tours, puis en tournée.
Faire le beau de Nicolas Doutey, mis en scène par Bérangère Vantusso.
Un spectacle exigeant et ludique sur l’art de s’habiller.

Le vêtement, repère de l’espace ludique de la parure, peut aussi bien manifester l’identité du porteur que la masquer ou la modifier. Le déguisement ménage la possibilité de devenir un autre, de dévoiler ce que l’on est. On se multiplie à travers l’habit en différents personnages qui sont masques et métamorphoses. Un jeu qu’exploite le discours de la mode : « Le jeu du vêtement n’est plus le jeu de l’être, la question angoissante de l’univers tragique ; il est simplement clavier de signes, parmi lesquels une personne éternelle choisit l’amusement d’un jour ; c’est le dernier luxe d’une personne assez riche pour se multiplier, assez stable pour ne jamais se perdre ; ainsi voit-on la Mode « jouer » avec le thème le plus grave de la conscience humaine : Qui suis-je ? (Roland Barthes, Système de la mode )
Le vêtement est un signe identitaire - vêture qui enveloppe la subjectivité - seconde peau, première demeure, expression ou dissimulation du corps et de l’être, métaphore ou métonymie de son propriétaire. Le vêtement garde une opacité dont la classification est inépuisable, mais l’art contemporain l’évoque, à travers des sculptures, Le Manteau d’Etienne Martin (1962) qui tire le vêtement vers l’abri et la demeure, à la fois manteau et maison ; le Costume en feutre de Josef Beuys (1970), les collages textiles de Cantaris isolent le vêtement du corps, en appréciant sa matière brute et couverture.
Or, Faire le beau de Nicolas Doutey que met en scène la facétieuse Bérangère Vantusso, directrice du Théâtre Olympia - CDN de Tours, questionne la relation aux costumes, uniformes, déguisements et tenues. Cacher ou bien montrer ? Le vêtement est performatif, disant l’être mais le créant, entre être et paraître. Les interprètes commentent leur façon de se vêtir ou de se dévêtir, voix haute significative des fins de phrase en attente ouverte, et propices aux débats et aux échanges dans la probabilité des réponses, telle est l’écriture de Nicolas Doutey.
Sport, ouvriérisme, religion, carnaval ou costume de scène, l’être entretient un rapport à la communauté par le biais de l’habit. A la manière d’un défilé de mode en perpétuelle transformation active, loufoque, polémique ou poétique,
Les cinq acteurs de la Jeune Troupe du Théâtre Olympia - Félix Amard, Joséphine Callies, Claire Freyermuth, Camille Grillères et Luka Mavaetau et la musicienne Tatiana Paris - sont pleins d’entrain et de conviction, se débattant avec leurs identités, assignations, et personnages, avec le groupe et une garde-robe aussi sérieuse que burlesque. Ils s’amusent de la masse et du volume vestimentaires, pendant que se font entendre des extraits de La Distinction de Pierre Bourdieu, entre l’humiliation, la honte des moins pourvus, et la prétention affichée des gagnants supposés et mieux pourvus économiquement
L’histoire du costume féminin est un moment de bravoure, du néolithique avec des vêtements en fourrure tenus par des aiguilles d’os, on passe au XIV è siècle et aux encombrantes tenues et robes qui reviennent à la femme, au XV ème siècle encore, entre paniers, jupons, volants et manches-gigots, aux atours antiques de l’Empire à la taille haute qui re-disparaissent pour une esthétique plus « normée ». Le mannequin vit le tournoiement des autres qui l’habillent et la déshabillent.
Les acteurs enfilent les vêtements - des signes sociaux, artistiques, économiques, politiques et sociologiques de l’identité existentielle et de la relation au groupe dans la reconnaissance individuelle et collective. Parure et désir d’atteindre un « moi idéal », frayant avec la Fiction. Tel le costume de théâtre qui lie le corps physique de l’acteur à celui symbolique du personnage, un repère Masculin/Féminin, évoquant le genre et les injonctions
La chorégraphie passe par le défilé- jeu et défilé militaire, mais aussi par le défilé de mode, cortège des manif’ et parade du carnaval. Des paravents mobiles et habillés parfois de textile forment des arcs de cercle jusqu’au cercle complet - lignes montagneuses insolites, séquences mouvantes, entre intériorité et exposition. Trône un dressing inédit aux mouvements amples, ronds et sinueux.
Tout ceci est bien éloigné de l’industrie de la mode jetable ou fast-fashion qui nuit gravement à l’environnement, symbolise l’impasse du système économique : pollution et destruction des écosystèmes, violation des droits, irresponsabilité des multinationales, obsolescence frénétique des produits. Or, des initiatives émergent pour construire une mode éthique et durable.
Une histoire allègre et juvénile du vêtement qui dit ses enjeux, s’amuse de l’absurde des postures étudiées ou poses éloignées de l’être.
Un spectacle exigeant et ludique qui tire le meilleur des jeunes interprètes vifs et véloces ;
Faire le beau - une création théâtrale, textile et musicale -, mise en scène Bérangère Vantusso, écriture et dramaturgie Nicolas Doutey, musique live Tatiana Paris. Avec Félix Amard, Joséphine Callies, Claire Freyermuth, Camille Grillères et Luka Mavaetau, comédiens de la Jeune Troupe en Région Centre-Val de Loire du Théâtre Olympia - CDN de Tours, et Tatiana Paris, musicienne. Création et dramaturgie costumes Sara Bartesaghi Gallo et Marion Montel, collaboration artistique Boris Alestchenkoff, scénographie Cerise Guyon, lumières Florent Jacob, regard chorégraphique Thomas Lebrun. Spectacle tout public à partir de 13 ans. Création du 4 au 15 novembre 2025 au Théâtre Olympia - CDN de Tours, 7 rue de Lucé 37000 - Tours. Tél : 02 47 64 50 50. En tournée à partir de janvier 2026. Du 12 au 20 mars 2026 au Théâtre Public de Montreuil - CDN. Du 8 au 10 avril 2026 à la Comédie de Béthune CDN Nord-Pas de Calais.
Crédit photo : Ivan Boccara.



