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Critiques / Théâtre

Etre là de Vincent Ecrepont

par Gilles Costaz

Fin de parcours

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Le titre de Vincent Ecrepont est à prendre dans un sens ou dans un autre : il veut surtout dire « être vivant », alors qu’on atteint la vieillesse et que le monde, les autres et parfois sa propre pensée cherchent à vous effacer. Cela signifie « être présent » pour les proches confrontés à des situations complexes ou dramatiques. Ecrepont est un auteur à l’œuvre très personnelle, mais aussi quelqu’un qui aime observer la réalité de près avant de transposer à sa manière les témoignages récoltés. La Chambre 100 était une très belle pièce écrite après avoir suivi la vie de personnes en soins palliatifs. Cette fois, dans Etre là, il s’agit donc de gens âgés qui, parfois, s’accrochent à leur domicile dans l’espoir d’y finir leurs jours et, le plus souvent, de gens accueillis dans des maisons de retraites ou des établissements médicalisés. Ecrepont précise qu’il s’est rendu au pôle gérontologie du Centre hospitalier de Beauvais, en échelonnant ses visites sur trois ans.
Personnes qui perdent la mémoire, solitaires, attachées à une famille plus ou moins fidèle, peu cultivées ou savantes, de classes sociales opposées, méfiantes ou naïves, aimantes ou renfermées : on imagine la panoplie de l’humanité vieillissante qu’Ecrepont a regardée avec une tendresse doublée de l’humour nécessaire à qui est plongé dans le malheur d’autrui. Il a composé un spectacle tout en va-et-vient, où les individualités, les lieux et les situations se transforment et s’inversent. Il s’agit de troubler le spectateur comme s’il était dans la situation de ces gens qui ont perdu une partie de leurs repères. Mais, comme eux, nous ne nous égarons pas vraiment et nous retrouvons la vérité de chacun de ces tableaux, alors même que tout est miroitement et basculement. C’est dire que les acteurs, Céline Bellanger, Véronic Joly et Sylvain Savard. ont toute une série de parties à jouer, incarnant surtout les personnes vieilles et délaissées, mais aussi les visiteurs et le personnel médical. Leur mobilité et leur capacité à sauter immédiatement d’un état mental à l’autre sont étonnantes. L’ensemble peut paraître trop riche, il y a une telle succession de scènes, saisies dans les chambres ou les couloirs ! Mais le changement permanent de focale, où se conjuguent l’habileté et l’humanité (un mélange rare) est un vertige qui invite à mieux aimer et à mieux comprendre. Le cœur se serre face à ces séquences d’errances immobiles, à ces fenêtres sur cour où le monde de la vieillesse cesse d’être clos. C’est un anti-documentaire, où la réalité recomposée par le théâtre nous touche de plein fouet.

Etre là de Vincent Ecrepont, mise en scène de l’auteur, collaboration artistique de Laurent Stachnick, scénographie de Caroline Ginet, costumes de Fabienne Desflèches, lumière et vidéo de Benoît André, son de Christine Moreau, regard chorégraphique de Dominique Martinelli et Catherine Dreyfus, avec Céline Bellanger, Véronic Joly et Sylvain Savard. (Durée : 1 h 35).

En tournée : - MCNA - MAISON DE LA CULTURE DE NEVERS (58), 16 Mars 2018 . THEATRE DES TISSERANDS - LILLE (59) , 22 Mars 2018. COMEDIE DE PICARDIE - AMIENS (80) , 30 Mars 2018, représentation en tournée décentralisée à Beauquesne (80). SALLE DES TROIS VILLAGES - SAVIGNIES (60) , 12 Avril 2018.

Photo Ludo Leleu.

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