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Critiques / Festival

Et si on parlait de développement durable… A Avignon aussi comme ailleurs.

par Jean Grapin

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Depuis toujours les innovations esthétiques et technologiques gouvernent les unes et les autres, rythment l’histoire de l’Art. Ainsi le théâtre moderne doit- il tout au projecteur électrique dont le faisceau a modelé l’esthétique de la représentation, celle de la scène et même celle des bâtiments.

Dans la profusion énergétique qui caractérise cette fin de siècle les éclairagistes rusent d’inventivité pour lutter contre le plein feu, livrent des pastels sublimes et jouent en virtuoses de l’ombre et de la lumière jusqu’à créer des effets de pleine lune plus vrais que vrais. Il semble que l’ensemble de la profession se soient installée dans ce qu’il faut bien appeler un confortable académisme des scénographies à dépenses d’énergie maximale et ce au risque de l’asphyxie financière.
Pourtant de petites compagnies, elles, inventent pour des lieux improbables, réemploient des matériaux usagés, innovent des jeux d’ombres et de lumières avec les nouvelles technologies pour obtenir un maximum d’effets avec le minimum de consommation. Combien sont-elles à préparer ce qui pourrait devenir l’essor d’un nouvel âge baroque ? Leur recensement est impossible.

Le spectateur, amateur d’art et un tant soit peu éco citoyen, se souvient avec émotion de la présentation à la Villette des machines à moteur botanique de Johann le Guillerm. Du spectacle les oxymores d’eau d’Ilotopie avec ses cellules photovoltaïques. Il a par ailleurs conservé avec émotion le tract du théâtre de la toupine avec son manège en bois flotté et à propulsion parentale… Un ami lui a signalé la présence sur Avignon en 2010 de la troupe des « cailloux sensibles » travaillant avec des ampoules de verres et des leds.
Alors il se met à rêver d’un théâtre qui s’emparerait, dans un objectif zéro carbone, de l’énergie des acteurs et des spectateurs. Leurs vêtements, leur attention, leurs applaudissements nourriraient un cycle vertueux de productions d’énergies positives.
Hélas cette année le spectateur amateur de théâtre, porté par son rêve éco respectueux, plongé dans le chaudron d’Avignon, a éprouvé un léger malaise.

S’il a perçu une approche dans l’organisation générale tourné vers le recyclage des déchets, la communication, (il a pris quelques bus électriques –payants- pour se déplacer, noté dans son carnet des adresses Bios et les horaires de quelques conférences sur le sujet) il est resté effaré devant la nervosité des conducteurs de voitures à pétrole omni présents.

Pour ce qui concerne les organisateurs de spectacles eux-mêmes il a remarqué la débauche de consommation électrique, les climatisations poussées à fond dont les moteurs réchauffent les ruelles dévolues aux files d’attentes. Pire certaines encore, mal disposées, réchauffent en toute absurdité la salle de billetterie et de restauration de lieux permanents. A l’intérieur trônent des bancs de réfrigérations gorgés de nourritures à rafraichir. Leurs moteurs (ultime paradoxe) grillent les jambes de consommateurs de sandwichs ou buveurs d’eaux fraîches !
Hélas ! pense encore ce pauvre spectateur. Lui qui vient pour découvrir dans les festivals d’Avignon, dans la concentration et l’intensité qui les caractérisent, les reflets exacerbés de la société comprend que celle-ci n’a toujours pas franchi le pas du développement durable, que la production artistique elle-même ne l’a pas intégré.
Projecteurs traditionnels voraces, sonorisations surpuissantes, utilisation de bombes de peinture en aérosols irritantes, cartes de communication (pardons flyers) en papier non recyclé et imprimées avec des encres synthétiques.

Le théâtre du vingt et unième siècle n’est toujours pas arrivé sur les bords du Rhône.
Alors le spectateur se remet à rêver que les organisateurs accueilleraient des artistes, aux idées hors sentiers battus, tout à leur recherche esthétique et s’emparant de technologie de dernière génération. Que tous retrouveraient la simplicité, l’efficacité du conteur et du tréteau et seraient enfin considérés comme innovateurs par de grands industriels mécènes à qui ils feraient gagner quelques années de recherche développement.
Tous seraient fiers de participer en toute simplicité à la création des nouvelles esthétiques.

Le monde des artistes comme porteur de nouveaux comportements vertueux, producteurs de valeurs et de sens, pas simplement de signes de déconstruction - reconstruction, partant de vraies richesses.

Tout juste un rêve ?

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