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Critiques / Théâtre

Et si on ne se mentait plus ? d’Emmanuel Gaury et Mathieu Ranou

par Gilles Costaz

Traits d’esprit et verres d’alcool

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Deux jeunes auteurs qui écrivent pour eux-mêmes et leurs amis, Emmanuel Gaury et Mathieu Rannou, ont découvert dans les mémoires de Sacha Guitry ce point d’histoire : cinq personnalités des années 1900 se retrouvaient une fois par semaine, devant une bonne table. C’était le temps des clans, des clubs, des fratries, des cénacles, toujours réunis devant la bonne chère et toujours bien arrosés. Ce genre de type de fraternité doit toujours exister mais, là, les membres du groupe s’appelaient Alphonse Allais, Jules Renard, Tristan Bernard, Lucien Guitry et Alfred Capus. Une sacrée brochette ! Seul, le dernier, Capus, applaudi en son temps pour ses aphorismes décapants, est oublié. Les quatre autres sont restés célèbres. Cette association de quatre écrivains et d’un acteur incarnait l’insolence de l’époque. On se retrouvait pour lancer des traits d’esprit et rire de tout.
Gaury et Ranou ont donc imaginé ces rencontres. Ils ont pioché dans les œuvres des écrivains, étudié les chroniques du début du XXe siècle, et ont reconstitué à leur manière, mais en injectant des mots et des anecdotes authentiques, ces assemblées de joyeux drilles, à partir de 1901. Tristan Bernard est un fou de sport et se décarcasse pour faire venir le plus grand boxeur américain dans son stade. Alphonse Allais pense qu’il fera fortune en créant le café soluble, tout en avalant absinthe sur absinthe. Jules Renard parle de sa femme et de son théâtre. Lucien Guitry évoque sa vie en scène : à une spectatrice qui lui dit qu’elle a aimé ses silences, il répond : « Mais oui, mes silences, eux, ils sont de moi. » Ainsi, avec une fidélité trouée parfois par l’absence de l’un ou de l’autre qui n’a pu venir, passent les années. Eux-mêmes finissent par trépasser l’un après l’autre. Un jour, la bande des cinq ne comporte plus que des fantômes…
La mise en scène de Raphaëlle Cambray soigne le climat Belle Epoque, en s’attachant subtilement aux préférences que tel ou tel de ces innocents comploteurs manifeste pour tel ou tel de ses cinq amis et en répartissant les conciliabules dans l’espace, quand le groupe n’est pas soudé au centre de la scène. Elle fait sentir secrètement le temps qui file, les hommes qui changent. Les cinq acteurs, Nicolas Poli, Maxence Gaillard, Guillaume d’Harcourt, Emmanel Gaury et Mathieu Ranou ont le jeu net et la parole forte (un peu trop sonore parfois). C’est un bel hommage à une douceur de vivre (un peu machiste) qui n’est plus. Et un fort amusant précis d’histoire littéraire.

Et si on ne se mentait plus ? d’ EMMANUEL GAURY et MATHIEU RANNOU, 
MISE EN SCÈNE RAPHAËLLE CAMBRAY
AVEC MAXENCE GAILLARD, EMMANUEL GAURY, GUILLAUME D’HARCOURT, NICOLAS POLI et MATHIEU RANNOU.

Le Lucernaire, 18 h 30, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 11 novembre. (Durée : 1 h 15).

Photo Yann Buisson.

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