Du 27 mars au 19 avril 2026 au Grand théâtre, à La Colline, Théâtre National.
Entre parenthèses, texte et mise en scène Pauline Bureau, librement adapté de La Petite Fille sur la banquise d’Adélaïde Bon.
Contrer et lutter sans relâche contre les prédateurs pédocriminels.

Après les spectacles Neige, Pour autrui et Dormir cent ans présentés à La Colline, l’auteure et metteuse en scène Pauline Bureau, entre reconnaissance féminine et faits sociétaux, poursuit l’exploration des liens entre l’intime et le politique, en adaptant pour le théâtre le récit d’Adélaïde Bon, La Petite Fille sur la banquise (Livre de Poche). L’enquête pour viol sur mineurs se dédouble : d’un côté, la quête intérieure d’Alma ; et de l’autre, la recherche de la Brigade des Mineurs sur les victimes, re-trouvées longtemps après.
Tel est le récit de la reconstruction patiente d’une adulte mal dans sa peau qui, petite fille de neuf ans, fut violée par un pédocriminel multirécidiviste - ce dont elle ne se doutait pas, démunie face à l’événement inouï et inconcevable pour toute enfant. Plainte en bonne et due forme avait été déposée par les parents auprès de la police, puis rangée dans les Cold Case - Affaires classées sans suite-, après trente années de non-résolution.
Or, un appel de la Brigade des Mineurs concernant cette agression sexuelle dont l’auteur est enfin démasqué relance le jeu, depuis ce dimanche après-midi de mai qui a ôté soleil et lumière à la petite fille heureuse jusqu’alors. Et Alma, la protagoniste, prend conscience qu’elle n’est plus seule face à sa souffrance, que d’autres enfants ont fait la même malheureuse et dramatique expérience - et que d’autres encore la feront hélas inévitablement demain - acte hautement criminel et honni désormais jugé et condamné.
La victime est assistée désormais et contre toute attente, à la ville comme sur le plateau, de personnes qualifiées, enquêtrices engagées (Rébecca Finet et Coraly Zahonero de la Comédie-Française) qui écoutent la femme agressée dont les répercussions mortifères de l’acte subi sont intériorisées. Elles la soutiennent dans ce retour à un passé funeste.
L’enquête policière analyse les traces d’ADN, la psychiatre spécialiste des agressions sexuelles sur les mineurs (Sabrina Baldassarra) explique le fonctionnement du cerveau de ces jeunes êtres, qui font l’impasse sur l’inimaginable - l’amnésie traumatique-, transformant enfin la prise en charge des victimes, apportant du crédit à la parole des mineurs : une boîte noire gît en chacun devenu adulte, qui peut s’ouvrir et le libérer.
Alors que soixante-douze femmes ont porté plainte, dix-neuf témoignent aux Assises du procès d’un prédateur, « l’électricien » qui aura sévi trente années sans être importuné. L’avocate (Céline Milliat-Baumgartner) fait résonner avec force ses luttes existentielles.
« Entre parenthèses donne à voir l’épreuve d’une enfant qui n’a pas les mots et d’une femme qui va les trouver, commente Pauline Bureau, dans ce combat contre l’in-visibilisation dans la société et en soi, deux domaines liés inextricablement. Silence intime et silence social, ce qui hante les familles aussi bien que nos institutions. »
Les hommes sont par antithèse « naturelle » peu présents dans le récit, si ce n’est le pédo-criminel en série qui joue aussi l’officier de police (Sergio Longobardi), ou l’époux d’Alma, le psychanalyste, le juge et le commissaire divisionnaire (Maxime Dambrin). Tous les acteurs exacts et rigoureux endossent des rôles divers, sauf le personnage d’Alma.
Celle-ci intériorise sa condition, incarnée par Heloïse Janjaud, hésitant avant de s’exprimer, prudente, gardant le silence, attentive, saisie de symptômes irrépressibles qui la blessent et dont elle ne peut se départir ; Salomé Benchimol est Alma enfant.
La scénographie d’Emmanuelle Roy ample et avantageuse offre un panorama des espaces - chambre d’enfant, salon d’adulte, cuisine où se jouent les scènes de boulimie compulsive, bureau de police, cabinet d’expert judiciaire ou psychiatrique…-, sans nul passage, si ce n’est un petit escalier, qui relie les lieux d’où surgissent les personnages, la vidéo donne à voir la proximité des visages ou bien l’exposé enregistré de la psychiatre.
Le sujet du viol et de la pédo-criminalité est à la fois urgent et pesant, et on ne peut le traiter avec désinvolture, ce que ne fait pas la créatrice responsable et impliquée. Elle met en scène avec rigueur et réflexion une réalité âcre, privilégiant le cadre d’exposition et mettant sous le boisseau la poésie et l’inventivité, même si le spectacle ouvre encore à l’émancipation et à la compréhension humanistes. Un art pédagogique qu’on salue.
Entre parenthèses, texte et mise en scène Pauline Bureau, librement adapté de La Petite Fille sur la banquise d’Adélaïde Bon. avec Sabrina Baldassarra, Salomé Benchimol, Maxime Dambrin, Rébecca Finet, Héloïse Janjaud, Sergio Longobardi, Céline Milliat-Baumgartner, Coraly Zahonero de la Comédie Française, scénographie et accessoires Emmanuelle Roy, costumes Alice Touvet, composition musicale et sonore Victor Belin et Raphaël Aucler, vidéo Clément Debailleul, lumières Laurent Schneegans. Du 27 mars au 19 avril 2026 au Grand théâtre, du mercredi au samedi à 20h30, mardi à 19h30 et dimanche à 15h30, à La Colline, Théâtre National. Le 28 avril 2026 à la Scène nationale 61 – Alençon / Flers / Mortagne. Les 6 et 7 mai 2026 à la Maison des Arts de Créteil. Du 17 au 22 novembre 2026 au CENTQUATRE-Paris. Les 13 et 14 janvier 2027 à La Passerelle – Scène nationale St-Brieuc. Les 21 et 22 janvier 2027 au Théâtre de Sartrouville – CDN Sartrouville. Le 29 janvier 2027 au Théâtre Roger Barat à Herblay-sur-Seine. Les 11 et 12 mars 2027 au Théâtre du Beauvaisis – Scène nationale de Beauvais. Les 18 et 19 mars 2027 au Bateau feu – Scène nationale de Dunkerque.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.
.



