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Critiques / Théâtre

Entre deux ils d’Isabelle Cote

par Gilles Costaz

Un concerto de sentiments

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Pour sa rentrée, le théâtre de l’Œuvre, que dirige Gérard Maro, prend le risque de monter un auteur peu connu, dont c’est la première pièce, avec une affiche où ne s’inscrit aucun nom de star. Espérons que ce risque sera récompensé, car le spectacle est d’un charme gracile et profond. L’auteur, Isabelle Cote, plutôt connue comme comédienne, s’attache à traquer les sentiments secrets, ce qui s’exprime à demi-mots, toute cette violence qui se cache sous la douceur et l’apparente tranquillité. Pourtant, la soirée commence par une scène de vraie comédie, très drôle, d’une percussion qui ne laisse pas tout à fait présager cette écriture irisée. Au moment où il se croit le mari le plus aimé du monde, un homme entend son épouse lui dire qu’elle le quitte et lui lire la liste des choses pratiques qu’il devra désormais faire tout seul ; elle a préparé tout un catalogue de problèmes et de solutions pour époux devenu célibataire ! La pièce change de ton ensuite. Nous ne sommes plus dans un appartement parisien mais dans une librairie de province où la jeune femme se fait engager comme assistante. La jeune écorchée et le libraire mystérieux se rapprochent l’un de l’autre et, en même temps, se tiennent à distance dans une relation changeante, pudique et craintive. Ils ont trop de blessures l’un et l’autre. En passant par la littérature et les discussions sur les livres, ils se rejoignent ou ils s’opposent. Mais quel pas de deux mental ! Et voilà que le mari revient, il a retrouvé la trace de la fugueuse. Mais rien ne se passera selon les figures de quadrille du vaudeville.

Le rire franc – qui intervient souvent – est toujours suivi d’un moment ouaté, suspendu et poignant. Les sentiments et leurs infinies variations irriguent ce texte où la vie souterraine reprend sans cesse le dessus, alors même que des gags, des malentendus et des emportements mettent le spectateur en joie. Les révélations finales sont peut-être un peu trop noires mais cela ne nuit pas à l’élégante et trouble légèreté des dialogues. Isabelle Cote est un écrivain de la douleur de vivre et de la difficulté d’aimer : ce que sont tous les grands auteurs de comédies !

Concerto de sentiments. Concerto d’acteurs. Dans un fort beau décor d’Edouard Laug, José Paul et Agnès Boury ont admirablement dirigé le va-et-vient entre le silence et la parole, le repli et l’élan, les blessures et le bonheur. C’est certainement l’une de leurs plus belles mises en scène, avec une très subtile direction d’acteurs. Dans le rôle du libraire ligoté par son expérience de la vie, Bernard Malaka, qu’on a surtout vu dans les récents spectacles de Christophe Lidon et Nicolas Briançon, prouve à ceux qui l’ignoreraient qu’il est l’un de nos plus grands comédiens. Quel art de tout exprimer sans souligner jamais ! Lysiane Meis retrouve tout une part du génie français en voie d’extinction : la séduction alliée à la finesse blagueuse et à un total pouvoir d’émotion. Enfin, Eric Savin, confronté à une partition moins musicale, a une belle présence, vraie et musclée. Entre deux ils est un magnifique trio.

Entre deux ils d’Isabelle Cote, mise en scène de José Paul et Agnès Boury, scénographie d’Edouard Laug, costumes de Brigitte Fur-Perdigou, lumières de Laurent Béal, son de Stéphane Moncuit, avec Lysiane Meis, Bernard Malaka, Eric Savin. Théâtre de l’Œuvre, tél. : 01 44 53 88 88. (Durée : 1 h 30).

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1 Message

  • Entre deux ils d’Isabelle Cote 9 septembre 2011 20:59, par anne

    La mise en scène est élégante, et les acteurs talentueux, en effet, mais, franchement, le texte ne tient pas la route, faute d’habileté dramatique. Les "indices" sont dispensés avec maladresse, contradictoires, on ne sait pas où on va, les allusions un peu satiriques destinées à faire rire le public sont faciles. Parfois, on se croirait dans une série américaine abracadabrante et "psy" à outrance. On s’ennuie, malgré la conviction des acteurs, et c’est désolant, car il y a du travail là-derrière... Je prends les paris : la pièce ne tiendra pas un mois...

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