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Encore une nuit et je serai trop vieille de Geneviève de Kermabon

par Gilles Costaz

Le désir, le sexe et le jeune âge

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Geneviève de Kermabon avait fait un spectacle marquant sur la prostitution à partir des écrits de Grisélidis Réal et d’autres témoignages, Sous ma peau. Alors qu’elle joue Le mal court d’Audiberti aux Lucioles, elle crée sa nouvelle pièce, Encore une nuit et je serai trop vieille, aux Trois Soleils. Elle aborde cette fois uniquement la sexualité des adolescents, au terme d’une enquête sans tabou, mais manifestement tendre et amicale, auprès d’un certain nombre de jeunes gens. Elle entre au plus vrai de la sexualité des ados, au temps où le porno entre dans le quotidien de l’enfance et où des modèles sexuels, violents ou non, s’introduisent chez les uns et les autres par le canal des nouveaux médias. L’auteur-actrice part d’un personnage, la jeune Rosie, qui ne sait pas comment sauter le pas, partagée entre le désir qui naît et l’effroi qui ferme la porte, se cognant la tête aux stéréotypes qui circulent autour d’elle et aux confidences vraies ou fausses des « potes ». Très vite, une série d’autres personnages se mettent à parler. Rien que des filles et des garçons qui, parfois sûrs d’eux-mêmes, sont en réalité dans une fragilité extrême et tentent de passer de l’ignorance à la connaissance.
Pour traiter du sexe, il faut certainement des psychologues, des sexologues et des sociologues. Mais Geneviève de Kermabon, ce n’est pas du tout ça. Elle ne théorise pas, elle ne donne pas de leçons. C’est une artiste, une saltimbanque, et c’est à travers son art qu’elle se montre une merveilleuse amie de l’espèce humaine et jette des éclairs sur des zones cachées de notre société. Son spectacle, c’est du pur art moderne. Elle a placé en scène des sculptures de Soux, qui relève du style brut. On pense à Chaissac, à Basquiat. Suivant qu’elle joue un garçon ou une fille, elle se place dans tell ou telle sculpture tordue, colorée et sexuée ! Des caches, des loupes, des projections complètent un dispositif qui lui permettent d’être une panoplie de personnes différentes, saisies au vif et en même temps crayonnées comme dans un B.D. Elle-même, Geneviève de Kermabon, change de veste, de perruque, de chapeau, pour accentuer la démultiplication. C’est un jeu tout à fait épatant, distrayant de par sa jonglerie virtuose, et, en même temps, un cheminement lumineux dans la détresse et les terribles contradictions de l’adolescence, une invitation à l’harmonie à opposer aux mensonges et aux comportements sans amour. Cette sexualité racontée aux jeunes et aux grands ne ressemble à aucun autre spectacle. Il ne peut provoquer de la gêne qu’en donnant au même instant de la joie. C’est troublant, grave, chahuteur et nécessaire.

Encore une nuit et je serai trop vieille de et avec Geneviève de Kermabon, regards artistiques de Laurence Forbin et Paillette, accessoires de Soux, lumières de Pascal Sautelet, musique de Michel Winogradoff.

3 Soleils, Avignon, 18 h 25.

Photo Pascal Gely.

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