Berlioz, Mendelssohn et Respighi à Radio France le 27 novembre
En Italie avec Daniele Gatti
L’ancien directeur musical de l’Orchestre national de France nous sert de guide à l’occasion d’un voyage au pays de trois compositeurs inspirés par l’Italie.
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- 29 novembre
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DIRECTEUR MUSICAL DE L’ORCHESTRE NATIONAL DE FRANCE de 2008 à 2016, Daniele Gatti retrouve régulièrement les musiciens d’une formation avec laquelle il nous a offert plusieurs cycles de concerts particulièrement marquants. Cette fois, c’est un programme inspiré par l’Italie qu’il nous propose en compagnie du National – un programme réunissant des œuvres de Berlioz, Mendelssohn et Respighi : l’Italie en effet, qui a donné naissance à de nombreuses figures illustres, a toujours été une terre de rêve et d’inspiration pour bien des artistes venus de l’Europe entière. N’est-elle pas l’une des destinations privilégiées du grand tour que tout jeune homme bien né, au XVIIIe et au XIXe siècle, se devait d’effectuer ?
Tout commence avec l’Ouverture du Carnaval romain de Berlioz, page de concert dont les thèmes proviennent de l’opéra Benvenuto Cellini, malheureusement chuté lors de sa création à Paris en 1838. Une ouverture abordée de manière plus analytique que frénétique par Daniele Gatti, qui un moment plus tôt, dans l’avant-concert précédant (en toute logique) le concert, expliquait comment la musique de Berlioz lui est restée longtemps indifférente, et comment un beau jour il a décidé de se confronter, seul à seul, avec les partitions de ce compositeur dont il a découvert alors toute la nouveauté et toutes les beautés. Ce qui nous valut notamment un magnifique Roméo et Juliette en 2014.
Suit la Symphonie « Italienne » de Mendelssohn. Moins inventif que son ami Schumann sur le plan de la structure, ce dernier trouve cependant avec une infaillible intuition les couleurs qui conviennent aux paysages qu’il se propose d’évoquer – paysages géographiques mais aussi paysages de l’âme, car Mendelssohn s’est toujours défendu d’être banalement descriptif. Daniele Gatti fait les choix qui s’imposent : il réduit drastiquement l’effectif (trois contrebasses et non plus huit), fait légèrement reculer vers l’arrière l’orchestre et ne prévoit qu’une respiration entre les différents mouvements, comme l’a prévu le compositeur. Pareil souci de l’acoustique et des équilibres sonores traduit une volonté de rendre le plus exactement possibles les couleurs du voyage italien.
Défilés, cortèges et autres processions
La cohérence du programme de ce concert n’est pas entièrement dévoilée : l’« Italienne » fait en effet référence également au Berlioz d’Harold en Italie, autre symphonie d’inspiration transalpine, mais à l’écoute du début du deuxième mouvement de la symphonie de Mendelssohn, on croit entendre tout à coup un pré-écho de la « Marche nocturne », située dans la première partie de L’Enfance du Christ du même Berlioz, composée vingt ans plus tard. Hasard ? hommage ? illusion ? L’interprétation du National souligne sans peser la forme du cortège, tout comme elle déroule avec finesse la courbe mélodique du troisième mouvement, où brille un impeccable pupitre de cors.
Le concert s’achève avec deux pages spectaculaires d’Ottorino Respighi (1879-1936) dont on aimerait, par parenthèse, découvrir les opéras (Semirâma, Belfagor…). On retrouve le grand orchestre, les huit contrebasses, des timbales modernes se substituant aux instruments utilisés pour interpréter Berlioz et Mendelssohn. Les Fontaines de Rome évoquent quatre moments d’une journée romaine balisés par une halte aux abords d’une des nombreuses fontaines de la ville, sans aucune intention anecdotique. Avec Les Pins de Rome, l’Orchestre national peut donner toute sa mesure, des couleurs sombres des « Pins près d’une catacombe » avec sa trompette lointaine, à l’ambiance nocturne des « Pins du Janicule » avec son délicat rossignol enregistré, jusqu’à la montée des « Pins de la via Appia » qui fait défiler les légions romaines dans un formidable crescendo mené par un Daniele Gatti devenu magistral architecte des plans sonores.
Illustration : une fontaine romaine (dr)
Berlioz : Le Carnaval romain, ouverture – Mendelssohn : Symphonie n° 4 « Italienne » - Respighi : Les Fontaines de Rome – Les Pins de Rome. Orchestre national de France, dir. Daniele Gatti. Paris, Maison de la radio et de la musique, 27 novembre 2025. Ce concert sera redonné dans le même lieu et par les mêmes interprètes le 29 novembre.



