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Critiques / Théâtre

Elvira (Elvire Jouvet 40) de Brigitte Jaques-Wajeman

par Corinne Denailles

Au coeur du théâtre

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Créé en 1986 sur la scène de l’Athénée, que Louis Jouvet a dirigé de 1934 à 1951, dans une mise en scène exceptionnelle de Brigitte Jaques-Wajeman avec l’inoubliable Philippe Clévenot dans le rôle de Jouvet, professeur au Conservatoire, et Maria de Medeiros dans celui de l’élève Claudia, le spectacle avait été mis en scène la même année par Giorgio Strehler à Milan, et filmé par Benoît Jacquot en 1987. Brigitte Jaques-Wajeman s’est inspirée des sept leçons dispensées à Claudia portant sur la scène 6 de l’acte IV de Dom Juan de Molière, consignées dans Molière et la comédie classique de Louis Jouvet. Trente ans plus tard voici de nouveau le spectacle sur la scène de l’Athénée dans une production italienne. Le grand metteur en scène napolitain Toni Servillo en assure la mise en scène et interprète le rôle de Jouvet aux côtés de Petra Valentini qui interprète avec une grande finesse le rôle difficile de l’élève. Durant plus d’une heure, au fil du travail sur une partie d’une scène, le professeur Jouvet développe son analyse lumineuse de la pièce et du personnage d’Elvire, qui prend la forme d’une méditation, conduisant son élève sur le chemin de la transfiguration du sentiment pour donner naissance à Elvire dans une sorte d’épiphanie, et du même coup il exprime sa conception du théâtre et du jeu de l’acteur. La scène pourrait s’apparenter à une annonciation et la pièce à un mystère du Moyen Âge. Le contexte historique rappelé par les dates égrenées (du 14 février au 21 septembre 1940), est présent en arrière-plan de ce huis-clos. Claudia est arrêtée en 1940 et Jouvet, qui ferme son théâtre jusqu’à la fin de la guerre, part en tournée en Amérique du Sud, séjour qu’il vivra très mal.

On assiste à un exercice complexe passionnant, au fil duquel les mots de Jouvet dialoguent avec ceux de Molière, une mise en abyme du théâtre dans laquelle Toni Servillo donne des indications de jeu à Petra Valentini et au personnage de Claudia. Ceux qui auraient vu la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman ou même le film de Marc Allégret Entrée des artistes (1934), seront peut-être déroutés par l’interprétation de Toni Servillo, très différente de l’image hiératique que l’on a pu se faire de Jouvet à travers Philippe Clévenot, lui-même influencé par le Jouvet du film de Allégret. Il semblerait que Jouvet n’était pas conforme à l’image de statue du commandeur qui lui est restée attachée. Jouvet revu par Servillo c’est un homme passionné capable d’emportements, qui parle avec les mains. Cette version très italienne ne nuit en rien au spectacle qui garde sa densité et reste une célébration du théâtre.

Elvira (Elvire Jouvet 40) de Brigitte Jaques-Wajeman, d’après spet leçons de Louis Jouvet à Claudia in Molière et La Comédie classique de Louis Jouvet, traduction Giuseppe Montesano, mise en scène Toni Servillo avec Toni Servillo, Petra Valentini, Francesco Marino, Davide Cirri. Costumes Ortensia De Francesco ; lumières, Pasquale Mari ; son, Daghi Rondanini. Au Théâtre de l’Athénée jusqu’au 21 janvier à 20h. En italien surtitré. Durée : 1h15. Tél. 01 53 05 19 19.
www.athenee-theatre.com
photo Fabio Esposito

Au programme également du Festival italien :
Dolore sotto chiave/pericolosamente d’Eduardo De Filippo et Luigi Pirandello, mis en scène par Francesco Saponaro. Salle Christian Bérard, jusqu’au 21 janvier.
Danza macabra de Strindberg, mis en scène par Luca Ronconi, du 26 au 29 janvier.

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