Dans le cadre du faraway #7 2026, Festival des Arts à Reims, à La Comédie de Reims.
El tiempo todo entero, texte Tennessee Williams, mise en scène Romina Paula.
Entre attente et espoir, la vie se profile dans la musique, les échanges et le silence.

La Ménagerie de verre (1944) de l’américain Tennessee Williams est sans doute sa pièce la plus autobiographique où le destin de sa propre sœur, handicapée et promise à un homme, devient une poignante tragédie.
Autres temps, autres mœurs, Romina Paula reprend les figures de cette pièce et offre à chaque personnage de nouveaux possibles - un avenir plus libre et un certain refus à la résignation. El tiempo todo entero, Tout le temps tout entier, fait entrer le spectateur non pas dans la mémoire d’un frère mais dans celle d’Antonia, la sœur, femme maîtresse de ses choix et de ses mots.
Un travail sur le temps et sur le silence : telle est la proposition de l’Argentine Romina Paula.
El tiempo todo entero (Tout le temps tout entier) : un huis clos mettant aux prises quatre personnages qui sont autant de représentations de la douleur. Le premier (Lorenzo, le frère) souhaite quitter le pays, la seconde (Antonia, la sœur) refuse de sortir de la maison, la troisième (Úrsula, la mère) voudrait que sa fille prenne son envol, le quatrième (Maximiliano, un ami) est peut-être l’occasion rêvée pour l’y pousser.
Comme dans La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, dont El tiempo todo entero est très librement inspiré, on manque d’air dans ce salon baigné d’une lumière qui jamais ne s’éteint, où le temps semble ne pas passer.
Rivée à l’écran de son ordinateur, Antonia a un goût développé pour les histoires macabres. Lorenzo préfère se réfugier dans des lectures qui le transportent au-delà des quatre murs de la maison familiale. Leur mère va et vient, revient toujours. Les personnages se sentent à la fois d’ici et d’ailleurs. Antonia et son frère sont nés au Mexique, où leur mère s’installa un temps. De l’histoire de l’Argentine, rien n’est explicitement dit, car l’écriture de Romina Paula ouvre des voies, suggère, ne laissant jamais la porte fermée à de multiples lectures. Mais on devine la blessure, en filigrane. Et la douleur jamais ne s’apaise.
Esteban Bigliardi, Pilar Gamboa, Esteban Lamothe, Susana Pampín, ont des airs à la Tchekhov, mêmes aspirations et même propension au rêve à travers l’amour, la musique et les voyages, des figures fort contemporaines - des êtres vrais et intensément présents ici et maintenant -, des silhouettes soft esquissées avec nuance et soin. Les personnages semblent à l’écoute des uns et des autres, mais à partir du cocon fort protégé et privé qui est le leur - leur moi intime, leur intériorité avec laquelle ils sont en dialogue permanent.
Ménageant les silences, les quant-à-soi d’une conscience qui ne veut rien régler des relations dans la violence, ils semblent accepter leur condition défaillante dans la réalisation de leurs propres désirs. Un univers confortable, relativement privilégié que le spectateur n’a guère le voeu de quitter, comme les protagonistes. S’impose sur la scène une tension aigüe, mais vivable, et qui, si elle est plutôt attentiste n’en ouvre pas moins des portes vers l’espoir.
Le spectateur se sent de plain-pied avec des interprètes qui défendent la valeur existentielle d’un quotidien sans prétention mais emprunt de dignité.
El tiempo todo entero, texte Tennessee Williams, mise en scène Romina Paula. Avec Esteban Bigliardi, Pilar Gamboa, Esteban Lamothe, Susana Pampín, lumières Matías Sendón, scénographie Alicia Leloutre, Matías Sendón, à La Comédie de Reims, dans le cadre du faraway #7 2026, Festival des Arts à Reims.
Crédit photo : Sebastian Arpella.



