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Critiques / Théâtre

ESPACE VITAL (LEBENSRAUM) d’Israel Horowitz

par Caroline Alexander

Vertige prémonitoire

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Ils sont trois sur la scène, deux garçons, une fille atomisés en cinquante personnages, de 15 à 95 ans, venus des quatre coins du monde, d’Allemagne, des Etats-Unis, d’Australie, d’Italie . Ils parlent toutes les langues, l’allemand, le français, l’anglais, avec ou sans l’accent yiddish et le yiddish par bribes et chansons. Ils nous entraînent dans une folle saga, imaginée il y a vingt ans par le dramaturge américain Israel Horowitz et qui aujourd’hui rebondit en vertigineuses actualités.

A la mi-temps des années 90, Horowitz, né en 1939 dans le Massachussetts, auteur de nombreuses pièces à succès (Le Premier, L’Indien cherche le Bronx, Clair-Obscur…) imaginait une fiction politique délirante trempée d’humour et de dérision. Une histoire aux innombrables ramifications qui se passerait à l’aube du XXIème siècle dans une Allemagne toujours en quête d’absolution de ses crimes. Le chancelier du moment, un certain Stroiber, au sortir d’un rêve illuminé, proposerait à six millions de juifs (le nombre exterminés par les nazis) disséminés de par le monde de revenir vivre et travailler en Allemagne. La nouvelle fait le tour de la planète. Stroiber devient star et les « migrants » qui ont acceptés l’enjeu deviennent les juifs de Stroiber. Partis des Amériques, d’Australie, de pays européens, quelques échantillons débarquent dans le port de Bremerhaven. Les générations s’entrecroisent, vieillards survivants de l’Holocauste, adolescents insouciants, juifs pieux, juifs laïcs, couples mixtes, couple gay… Ils s’installent, apprennent ou réapprennent la langue, travaillent. Mais sur place le chômage pousse à la révolte ouvriers et dockers. Envahisseurs d’un troisième type, ils sont désignés comme usurpateurs… Le cauchemar redevient réalité.

En 1996, quand Horowitz eut l’idée de cette trame, il en confia la version française à un trio de comédiens qui avaient déjà monté et joué sa pièce vedette Le Premier. Deux garçons, une fille, Michel Burstin, Bruno Rochette, Sylvie Roland, fondateurs de la compagnie Hercub’, dédiée aux auteurs d’aujourd’hui et aux problèmes sociologiques que soulèvent leurs œuvres. Ils y font tout, les mises en scènes, les décors, les traductions-adaptations si nécessaire. Ils en jouent tous les rôles.
Ils créèrent Espace Vital (Lebensraum) en 1997. Ils viennent de le reprendre au Théâtre du Lucernaire à la mi-octobre pensant que le sujet avait des résonnances avec l’actualité. N’imaginant pas cependant à quel point, un mois plus tard, elles feraient exploser les âmes et les consciences.

Quelques caissons à transformations, des faux écrans de télévision, une tringle à vêtements où s’entasse bérets, foulards, accessoires de costumes qui les transforment en un clin d’œil. Les scènes se suivent en un carrousel effréné, pas un temps mort, ils sont tous les personnages, vifs, drôles émouvants, se métamorphosant tels des prestidigitateurs d’un cirque diabolique où le rire et les larmes se confondent.

Trois mots clôturent le spectacle  : Plus Jamais Ça. Au lendemain de ce maudit 13 novembre ils vous traversent comme des lasers.

Espace Vital (Lebensraum° d’Israel Horowitz par la compagnie Hercub’, adaptation, mise en scène et jeu par Michel Burstin, Bruno Rochette, Sylvie Roland.

Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h. Jusqu’au 29 novembre - (Durée 1h30)
Réservations : 01 45 44 57 34 – www.lucernaire.fr

Photos : Benoite Fanton

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