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Critiques / Théâtre

Douce-Amère de Jean Poiret

par Gilles Costaz

Un rire mélancolique

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Ce n’est sans doute pas la meilleure comédie mise à l’affiche, mais c’est un joli texte, un beau moment qui nous arrivent de la lointaine année 1970. A ce moment-là, Jean Poiret n’a pas encore écrit La Cage au folles et Joyeuses Pâques, mais il a produit beaucoup de choses drolatiques pour Michel Serraut et lui-même. Il décide d’être plus grave, plus littéraire, plus lui-même en écrivant et en jouant (toujours avec Serrault) Douce-Amère. En fait, il n’est pas tout à fait lui-même, puisqu’il semble emprunter le style de Guitry et s’offre quelques vibrations à la Giraudoux. Il révèle ses maîtres, et aussi un pessimisme surprenant : à la fin de la pièce, le personnage masculin part dans sa solitude, ne comprenant pas ce qu’essaie de lui dire la femme qu’il aime.
Le jeune Philippe est épris de la belle Elisabeth. Soucieuse de sa beauté, elle le fait attendre quand il est pressé de l’emmener à l’opéra. Elle se montre surtout très libre puisque, dès qu’il s’absente, elle passe d’un homme à un autre : un courtisan officiel qui attend son heure (il ne l’attendra pas longtemps), un coureur automobile et, enfin, un sportif écervelé. Ce n’est qu’une façon d’affirmer son indépendance, mais il y a de quoi blesser un partenaire qui a le sens du jeu amoureux mais pas l’art de souffrir. Le couple se disloquera… Oui, cela fait un peu « à la manière de », mais cela ose la tristesse dans un registre qui n’aime pas les fins qui finissent mal. Et c’est écrit dans une parfaite élégance, avec un brio qui rend heureux le spectateur amoureux des mots.
Michel Fau, en choisissant ce texte, rend hommage à Jean Poiret comme il avait rendu hommage à Roussin en montant l’excellent Un amour qui ne finit pas il y a quelques années. Il le fait de façon plus colorée, avec un décor habilement non réaliste, qui tient de la soucoupe volante et d’un salon des années folles : les acteurs s’y promènent comme au-dessus des nuages. Mélanie Doutey met en jeu un charme innocent, une malice qui ignore le sens du péché avec une grâce renouvelée. Michel Fau injecte au rôle principal sa cocasserie habituelle, en sachant placer beaucoup de sentiments en retrait, tel un magicien triste qui ne sort pas toutes ses cartes. Christophe Paou est la quintessence de l’amant du théâtre de boulevard : il s’amuse beaucoup à être ce stéréotype charmant et vide. Davis Kammenos et Rémy Laquittant ont des partitions mineures, qu’ils assurent dans une simplicité songeuse. Les costumes, très nombreux, jonglent avec la fantaisie et le goût du miroitement. Ce n’est pas un festival de rires et de gags comme d’autres textes de Jean Poiret, c’est un délicieux coup de mélancolie qui, dans un pointillisme bariolé, nous tombe sur les épaules ou nous atteint en plein cœur.

Douce-Amère de Jean Poiret, mise en scène de Michel Fau, décor de Bernard Fau et Natacha Markoff, costumes de David Belugo, lumières de Joël Fabing, avec Mélanie Doutey, Michel Fau, David Kammenos, Christophe Paou, Rémy Laquittant.

Bouffes parisiens, tél. : 01 42 96 92 42. (Durée : 1 h 50). Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

Photo Bernard Richebé.

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