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Critiques / Théâtre

Dorothy Parker de Jean-Luc Seigle

par Gilles Costaz

Gloire et solitude

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Dorothy Parker parle chez elle, dans sa chambre ou à son bureau, souvent le téléphone à la main : Dorothy Parker, la grande chroniqueuse de Vanity Fair et du New Yorker, la nouvelliste à succès, la scénariste d’Une étoile est née et La Vipère, connue pour le tranchant de ses réparties, aimant peut-être plus les chiens que les hommes... Ce ne sont pas tout à fait ses mots, bien qu’ « Excusez-moi pour la poussière » soit la véritable épitaphe qu’elle fit inscrire sur son urne funéraire. Le romancier Jean-Luc Seigle a puisé dans sa biographie des éléments à partir desquels il pourrait imaginer une confidence fictive et vraie. C’est une mondaine isolée qui s’exprime. Elle tient à distance son mari (ça finira mal), elle s’adresse à un nombre restreint d’amis, elle remet toujours à demain le roman qu’elle a dans la tête et n’écrira jamais. Seigle faufile ses propos intimes d’une passion politique que la légende laisse souvent de côté : la cause des Noirs toujours si humiliés au cours des années 30 à 60, la montée en puissance de Martin Luther King que Dorothy applaudit... Gloire et solitude : l’écrivain boit du scotch du matin au soir et s’éteint sur un bon mot.
Le texte de Seigle, c’est plutôt de l’eau de vie, limpide et corsée. La mise en scène d’Arnaud Sélignac cadre avec justesse le huis clos et le repli sur soi – les fastes de Hollywood et de New York restent à la porte. L’interprète, Natalia Dontcheva, joue la lucidité, la simplicité, l’abandon à soi-même quand les autres ne sont plus là. Pas d’effets, pas de drôlerie volontariste dans le jeu (seulement dans les formules, très brillantes). Un minimum de mini-gags (c’est vrai qu’elle picole fort, la dame, et que les bouteilles pleines et vides rythment les journées). Dontcheva est entre la douceur et la dureté, dans des zones sensibles où le mensonge et la parade n’ont pas lieu d’être. Son personnage ne se confie qu’à lui-même, pas au spectateur : cela donne plus de force au monologue. L’actrice, le texte et le spectacle attrapent, c’est certain, une bonne part des secrets de Dorothy.

Dorothy Parker ou Excusez-moi pour la poussière, mise en scène d’Arnaud Sélignac, décor et costumes de David Belugou, musique de Fabrice Aboulker et Damien Roche, avec Natalia Dontcheva.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 25 juin. Texte aux éditions Flammarion. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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