Le Requiem de Donizetti à Saint-Denis le 5 juin
Donizetti, in memoriam Bellini
On ne connaît que quelques-uns des nombreux opéras composés par Donizetti. Son Requiem est encore moins célèbre : le Festival de Saint-Denis vient de nous le remettre en mémoire.
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- 6 juin 2025
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LA BASILIQUE DE SAINT-DENIS AVAIT DÉJÀ ACCUEILLI le Requiem de Donizetti en 2016, sous la baguette de Leonardo García Alarcón. Cette œuvre porte chance au festival car la voici de nouveau, neuf ans plus tard, cette fois sous la direction de Speranza Scappucci. Ce Requiem sans ostentation excessive connut toutefois un destin contraire : il s’agit en effet d’une œuvre inachevée, composée par Donizetti sous le coup de la mort brutale de Bellini, en 1835, mais qui ne sera créée qu’en 1870 à Bergame, à l’occasion de la translation des restes… de Donizetti.
Ce qui frappe dans ce Requiem, outre l’absence d’un « Sanctus » et d’un « Agnus dei », c’est la présence de cinq chanteurs solistes, là où l’on n’en attendrait que quatre, et surtout la manière dont chacun d’eux intervient. Pour faire vite, les deux voix féminines sont peu sollicitées : elles ne chantent guère que deux ou trois phrases et participent à quelques ensembles. Les trois voix masculines le sont beaucoup plus. Le « Tuba mirum », ainsi, qui suit un « Dies irae » agité mais plus écrit dans le relief que dans la puissance, n’est pas le prétexte d’un chœur cataclysmique : Donizetti confie ce moment aux trois solistes masculins qui déplorent la situation sans une ombre de grandiloquence. Le « Domine Jesu Christe » est écrit pour baryton, avec cor solo et pizzicatos. L’« Ingemisco », pour ténor et violon solo, est suivi d’un singulier trio (mezzo, ténor et basse) accompagné par les cuivres seuls. Le « Libera me », l’un des moments les plus tumultueux de l’œuvre, enchaîne sur un étonnant passage pour basse que suit un quatuor assez dramatique avec chœur.
Nous ne sommes pas vraiment au théâtre
La partition comprend aussi plusieurs ensembles à l’unisson, tel le quatuor du « Te decet » (où ne manque que le baryton), et s’achève, curieusement, sur un « Kyrie » confié aux cinq voix solistes. Mais le fait que Donizetti n’ait pas mis de point final définitif à son Requiem interdit toute conclusion hâtive quant à la conception d’ensemble de l’œuvre. Il nous reste à en apprécier le souffle moins théâtral que lyrique, le fait que les moments tumultueux soient finalement peu nombreux, les solistes pouvant se faire entendre sans trop souffrir de la réverbération de la basilique de Saint-Denis. Les moments où l’auditeur est noyé par les cuivres graves ou les percussions sont rares et un passage comme le « Kyrie » fugué (au début de l’œuvre) ne sombre jamais dans la confusion.
Si l’on est frustré de peu entendre Claudia Muschio et Alisa Kolosova, on apprécie l’énergie de Bogdan Volkov, dont le timbre de ténor un peu pâlot vient contraster avec la voix profonde et consolatrice de Jean Teitgen et avec la puissance expressive de Vito Priante. C’est au baryton en effet que Donizetti a accordé la plus grande latitude, un peu comme si cette voix venait s’ajouter au quatuor habituel sans vraiment tout à fait s’y mêler. Le Chœur de l’Orchestre de Paris fait preuve d’une belle vigueur et d’une précision remarquable dans l’articulation (des paroles et de la musique), condition essentielle pour se faire entendre. De même l’Orchestre national d’Île-de-France témoigne-t-il du même souci de clarté : les cordes jouent le jeu avec finesse et conviction sous la baguette d’une Speranza Scappucci qui manifestement a compris tout ce qu’elle pouvait tirer d’une acoustique a priori peu confortable.
Illustration : Bogdan Volkov et Jean Teitgen (photo Edouard Brane/dr)
Donizetti : Requiem. Claudia Muschio (soprano), Alisa Kolosova (mezzo-soprano), Bogdan Volkov (ténor), Vito Priante (baryton), Jean Teitgen (basse) ; Chœur de l’Orchestre de Paris (dir. Richard Wilberforce), Orchestre national d’Île-de-France, dir. Speranza Scappuccci. Basilique de Saint-Denis, 5 juin 2025 (festival-saint-denis.com).



