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Critiques / Théâtre

Diptyque Hélène Bessette

par Gilles Costaz

Une renaissance

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Diptyque Hélène Bessette
Oubliée depuis sa mort en 2000, la romancière Hélène Bessette renaît. Ses livres sont, peu à peu, réédités par Léo Scheer. Le théâtre n’est pas en reste puisque Régis Hébette, à l’Echangeur, lui consacre deux spectacles. C’est un hommage d’autant plus juste qu’Hélène Bessette aimait le théâtre et a, dans son écriture, la force d’une langue qu’on profère. « Hors et loin de l’imbroglio infâme du réel », proclamait-elle, comme le rappelle Hébette.
Premier spectacle : Prière de ne pas diffamer ou la Véridique Histoire d’Hélène Bessette de chez Gallimard. Une femme modeste, dans une blouse grise, entre en scène. Elle se raconte. D’origine populaire, elle se bat pour survivre et trouver le temps d’écrire. Elle donne à Gallimard ses manuscrits. Raymond Queneau s’enthousiasme, mais il est bien le seul. Duras donne un coup de main, mais ça ne suffit pas. Les livres finissent généralement au pilon. Hélène rend visite à des deux fils et change de point d’ancrage à travers la France. Souvent considérée comme malade relevant de psychiatrie, elle fuit la société et l’appétit sexuel des hommes. Elle meurt, à 82 ans, près d’une valise où s’entassent des manuscrits refusés. Laure Wolf incarne Bessette, d’une manière quelque peu faubourienne, sans chiqué, dans la simplicité douloureuse et directe. C’est une belle mini-biographie, qui nous parvient dans une vérité tout à fait émouvante.
Second spectacle : Si ou le Bal au Carlton. On entre là dans l’écriture même d’Hélène Bessette, à travers la transposition d’un roman dont Régis Hébette a amplifié l’aspect de monologue et d’adresse à un auditoire. L’histoire, dissoute dans une langue faite de fulgurances et parfois d’incohérences, est celle d’une femme, Désira, qui rêve de se donner la mort, commettant ainsi le « crime parfait » en étant à la fois commanditaire et victime de son propre meurtre. Elle erre dans la ville, défiant les mâles et la société, moins suicidaire qu’elle ne l’affirme… Hébette a construit le spectacle comme une fuite nocturne, où l’apparence de Désira est de plus en plus fantomatique, au long d’un chemin de croix où la vie quotidienne cède peu à peu sa place à la vie fantasmée. C’est un fort moment, troublant pour l’esprit et pour le regard, bien soutenu par les lumières de Renaud Lagier et le son de François Tarot. Surtout, la comédienne, Laure Wolf, comme dans le précédent spectacle, développe une personnalité puissante. Cette fois, elle est dans la flamboyance et le défi, s’intégrant dans l’image et en sortant en reine noble et dérisoire. Avec elle, les mots sont des cris lourds de détresse et d’éclat poétique. En compagnie d’une telle interprète, la « beauté convulsive », que souhaitait André Breton pour toute création, est au rendez-vous.

Si ou le Bal au Carlton, adaptation et mise en scène de Régis Hébette, avec Laure Wolf, du vendredi au lundi. (Durée : 1 h 40).

Prière de ne pas diffamer, texte de Régis Aubette et Gilles Auffray d’après les textes d’Hélène Bessette et sa biographie par Julien Doussinault, le lundi 19h et en appartement. (Durée : 1 h).

L’Echangeur, Bagnolet, tél. : 01 43 62 71 20, jusqu’au 14 décembre. Les œuvres d’Hélène Bessette et sa biographie par Julien Doussinault sont publiés par Léo Scheer. La revue Frictions publie, dans son numéro 25, un dossier « D’Hélène Bessette à Eugène Durif », où figurent des études et le texte complet de Prière de ne pas diffamer.

Photo Tristan Jeanne Vallès.

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