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Critiques / Théâtre

Didier Bénureau et des cochons

par Gilles Costaz

Un sommet d’humour noir

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Le mauvais goût, la provocation, le politiquement incorrect, c’est lui : Didier Bénureau. Et, en même temps, quelle classe ! Tout est parfait, maîtrisé, inventif, élégant même dans une joyeuse inversion des valeurs du music-hall et de la gestuelle. D’une scène plongée dans le noir (ou presque) surgit un petit homme en noir, qui s’adresse tout de suite aux Grecs et même aux Syriens qui seraient dans la salle : comme ils se sont fait entuber par l’Europe ! L’impertinent s’en prend ensuite à la gauche au pouvoir, qu’il appelle « la gauche flottante ». Puis il se transforme, au cours de la soirée, en une série de personnages : la vieille femme qui console cruellement sa fille et son gendre avec les remarques les plus cyniques, un homosexuel collaborateur qui vient réclamer une pension après la guerre, un roi shakespearien grotesque, un artiste raté qui refait un tableau de Van Gogh... Mais Bénureau alterne avec liberté trois modes d’expression : ses remarques assassines, ses sketches et ses chansons. Car, derrière lui, il y a un orchestre de rock, ces Cochons dans l’espace – d’où le titre du spectacle -, qui y va régulièrement de sa puissance de feu, pour imprimer un rythme adapté à la nature explosive du propos.
Didier Bénureau n’a pas le physique d’un athlète de J.O. Pourtant, il réalise une performance physique étonnante. Quand il n’est pas recroquevillé dans un coin du plateau pour contrefaire l’un de ses méchants héros – lui et son metteur en scène, Dominique Champetier, ont un art très juste du changement d’échelle à l’intérieur du plateau -, il fait des bonds et dessine des figures chorégraphiques contraires à toutes les règles du genre. Il sait surprendre par tous ses registres, littéraires, physiques et musicaux. Si l’on était sévère, on pourrait, peut-être, contester deux moments dans le show : le sketch en un anglais tout à fait improbable où , coiffé d’un chapeau de cow-boy, il n’atteint pas assez clairement sa cible, et le fait de placer sa chanson fétiche Moralès – irrésistible ! - en fin de spectacle, dans une version quelque peu orchestrale qui ôte un peu du naturel ridicule de son « tube » anti-militariste. Mais y a-t-il à Paris en ce moment une plus belle soirée comique que celle-là ? Didier Bénureau est un grand amuseur parce qu’il a une très forte singularité et parce qu’il n’y a dans son insolente encre noire aucune démagogie.

Didier Bénureau et des cochons, textes de Didier Bénureau, Eric Bidaud, Dominique Champetier, Anne Gavard, mise en scène de Dominique Champetier, composition musicale de Julie Darnal et Didier Bénureau, arrangements musicaux par les Cochons dans l’espace et Julie Darnal, lumière d’Orazio Trotta, avec Didier Bénureau et les musiciens Dominique Greffier, Pascal Bétrémieux, Jeff Bourassin, Amaury Blanchard, Julie Darnal.

Théâtre du Rond-Point, 21 h, tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 6 décembre. (Durée : 1 h 45).

Photo Moralès productions.

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