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Critiques / Musique

Deux guitares ou une leçon d’intimité

par Christian Wasselin

Port-Louis, 24 juin : un concert du duo Evoa.

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Dans la petite chapelle Saint-Pierre de Port-Louis, près de Lorient, le duo Evoa vient de nous rappeler combien la taille d’une salle de concert est une dimension essentielle dans notre appréhension de la musique.

On ne parle pas suffisamment des proportions des lieux (salles, théâtres ou édifices religieux) dans lesquels ont lieu les concerts. Or, Berlioz eut un jour ce mot célèbre : « Il est prouvé, il est certain que le son, pour agir musicalement sur l’organisation humaine, ne doit pas partir d’un point trop éloigné de l’auditeur, (sinon) on entend, on ne vibre pas. Or, il faut vibrer soi-même avec les instruments et les voix, et par eux, pour percevoir de véritables sensations musicales. » La dimension sans cesse croissante des salles de concert, sans parler des ravages de l’électrification et de l’amplification en tous genres, a bouleversé notre manière d’écouter et notre rapport aux voix et aux instruments, leur grain, leur couleur, leur matière. Quel maire imaginatif, quel ministre éclairé oserait aujourd’hui annoncer fièrement qu’il s’apprête à construire une petite salle destinée à la musique ?

A contrario, le concert donné par le duo Evoa (« eau », en dialecte piémontais), qui réunit les deux guitaristes Frédéric Vitiello et Raphaël Charrier, nous a montré le 24 juin dernier quelle volupté pouvait naître d’un rapport affectueux et intime avec les instruments. Une petite chapelle, deux guitaristes inspirés, un public choisi et silencieux, physiquement proche des musiciens, et c’est tout à coup un monde qui s’ouvre à nous, fait de luxe et de volupté. Ceux qui ne jurent que par le fracas ne savent pas ce que dynamique veut dire et ignorent que la violence naît de la tension intérieure de la musique. Les autres savent où se nichent les vrais privilèges : la guitare ne peut être jouée et goûtée que d’une manière aristocratique.

Aussi à l’aise dans le répertoire du choro brésilien que dans le ragtime, nos deux guitaristes sont aussi compositeurs. Les 3 Pièces clandestines de Raphaël Charrier (« Gwerz » ou rondeau, « Meridion », « Dour ») utilisent toutes les possibilités offertes par l’instrument (effets de percussion, harmoniques, utilisation du bottle-neck…) et insinuent des rythmes de danse dans une trame on ne peut plus transparente et sensuelle. Dans Vita brevis, Frédéric Vitiello préfère utiliser l’âpreté des harmonies polytonales pour évoquer le mystère du « Genus » (le genre humain) et de l’« Ultimus saltatio » (le dernier saut, le grand passage) avec une concision qui montre combien la guitare peut aussi atteindre à des paroxysmes dramatiques.

On sait également combien le choix de l’instrument est essentiel en pareil cas. Le duo Evoa joue des guitares fabriquées par le jeune luthier lorientais François-Régis Léonard ; des instruments dont la puissance ne dissimule jamais la souplesse ni la couleur, à la fois miel et poivre, et qui permettent à la fois un jeu d’une grande douceur et des attaques incisives.

Le duo Evoa annonce toute une série de concerts, cet été, dans des chapelles de Bretagne : joie sans mélange !

Christian Wasselin

A consulter : www.myspace.com/duoevoa ; www.lutherieguitare.com.
A écouter : Duo Evoa, Musiques clandestines, 1 CD.

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Duo Evoa

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