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Critiques / Lire le théâtre

Deux femmes qui dansent de Josep M. Benet i Jornet

par Gilles Costaz

La jonction des solitudes

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L’opportunité de voir des pièces du Catalan Josep M. Benet i Joret (un auteur pourtant couvert de prix et joué dans le monde entier) ne se présente pas souvent. Hervé Petit, maître à bord de la compagnie La Traverse, est un passionné du théâtre espagnol, castillan et catalan. De Benet i Jornet il a déjà monté Fugaces et, à présent, fait découvrir Deux Femmes qui dansent, où les personnages tanguent en effet, d’une façon discordante, jusqu’à un accord final aux notes imprévues. Dans un appartement fatigué, une femme âgée, aussi usée que son domicile, a requis les services d’une aide-ménagère. Elle les a plutôt acceptés, elle les subit même, car c’est une initiative de sa fille. Cette femme plus jeune qui vient passer le balai et éplucher les légumes encombre l’espace et pense différemment ! C’est une intellectuelle ! Elle, la vieille femme, n’aime plus grand monde mais raffole des magazines genre Nous deux ou Cinémonde (leur équivalents espagnols) qu’elle range pieusement dans sa bibliothèque. La jeune femme, au contraire, a été enseignante et ne continue ce métier qu’à temps très partiel car un drame a cassé sa vie. Toutes deux ne se disent jamais des amabilités très longtemps. Ce sont deux chattes de faïence. Les reproches, les réprimandes bondissent aux lèvres sans attendre. Pourtant, après quelques semaines, les deux solitaires sauront s’entendre pour un incroyable défi lancé aux autres et à ce conformisme généralisé qui consiste à être au monde et à s’en satisfaire. Leurs solitudes incompatibles auront fini par se rejoindre.
La pièce de Benet i Joret utilise un réalisme qui ne semble plus de saison mais qui est remarquablement efficace, car tant de méticulosité, tant de maniaquerie dans le détail permettent d’entrer dans chaque virage mental des personnages. La mise en scène d’Hervé Petit - dans un décor étriqué et sans grâce, où tout est tristement rangé, où même le désordre est à sa place - joue parfaitement cette fausse innocence du naturalisme apparent. Les gestes banals et les énervements primaires donnent à voir, secrets et pourtant entrouverts, les tourments les plus violents et le mal de vivre le moins guérissable. Catherine Perrotte joue la femme la plus âgée dans une méchanceté qui est toujours tendre, avec un brin de truculence et de drôlerie populaire, de façon à que, grâce à la qualité de l’interprétation, le personnage ne soit ni ridicule ni déplaisant, à aucun moment. Béatrice Laoût donne à l’autre protagoniste une bouleversante violence intérieure. Plus son personnage souffre, plus elle l’incarne dans une fermeture obscure où se devine et se lit la panoplie du désespoir. Avec ces deux excellentes actrices, Hervé Petit compose un beau spectacle implacable, où l’espérance des petites gens meurt en grinçant moins fort que le vieux poste de radio dont la musique sourde essaie d’exister à l’entrée du couloir à gauche.

Deux Femmes qui dansent de Josep Maria Benet i Jornet, traduction de Denise Boyer, adaptation et mise en scène de Hervé Petit, scénographie et costumes de Caroline Mexme, création sonore de Béatrice Laoût, lumières de Sabrina Manac’h, avec Béatrice Laoût et Catherine Perrotte.

Théâtre de Nesles, 21 h du mercredi au samedi, 16 h le dimanche, tél : 01 46 34 61 04, jusqu’au 23 décembre. (Durée : 1 h 35).

Photo DR.

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