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Critiques / Théâtre

Démons de Lars Norén

par Gilles Costaz

La nuit où tout se brise

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Au dernier moment, Katharina et Frank invitent à dîner leurs voisins, Jenna et Tomas. Au lieu du moment d’amitié attendu, la soirée se transforme en règlements de compte entre Katharina et Frank. Les relations deviennent troubles entre les quatre personnes, en fonction de jeux de séduction et de confessions sans tabou. La femme de l’un est attirée par le mari de l’autre, et vice versa. Mais la géométrie de l’adultère n’aura pas vraiment lieu. Katharina et Frank se haïssent et se mentent pour mieux s’aimer. Tout se brisera, avec l’espoir que les morceaux cassés se recolleront. Même l’urne funéraire d’un des parents, qui dort sur un meuble, ne sera pas respectée. Elle sera utilisée comme projectile, les cendres tomberont sur le dos de Katharina. Quel déchaînement de haine policée...
A la création de la version française, mise en scène par Gérard Desarthe, il y a une dizaine d’années, la pièce de Lars Norén avait fait forte impression. D’ailleurs, cette pièce est reprise plusieurs fois cette année ( il y avait en juin une mise en scène de Cyril Le Grix au Lucernaire en juin, et il y en a deux au cours de cette rentrée : on peut voir au Belleville la mise en scène de Lorraine de Sagazan), ce qui tendrait à prouver que le texte a gardé toute sa force. Pourtant, cela ne semble plus une œuvre essentielle dans le théâtre de cet auteur majeur qu’est Norén. Après avoir été nourri des textes et films de Pinter, Bergman, Polanski, l’on a tendance à juger que Démons n’est plus très démoniaque. La mise en scène de Marcial di Fonzo Bo a la nervosité passionnelle qui caractérise son style. Mais le décor, sur une tournette qui permet des effets de cadrages en faisant voir un appartement sous ses différentes facettes, crée un effet de distance, et ce jeu technique n’est rien d’autre qu’un bel effet esthétique. Heureusement, les acteurs s’emparent avec force du texte. Dans des rôles modestes, Anaïs Demoustier et Gaspard Ulliel jouent une partition discrète et juste. Romain Duris, dont c’est seulement le deuxième rôle, a pris la parti original de composer une sorte de fêtard d’une mondanité proustienne ; il est très étonnant. Marina Foïs est stupéfiante avec son énorme implication physique, qui lui permet une magnifique imbrication de l’agressivité et de la sensualité, opérée avec une audace très rare. Mais le fracas espéré semble en réalité émoussé par le temps. On ne peut s’empêcher de penser que ce texte ne convient pas tout fait à di Fonzo Bo (qui, pourtant, en prépare une autre mise en scène, en italien, à Gênes ! ). Jusqu’à aujourd’hui, di Fonzo Bo a toujours eu une modernité d’avance mais il affronte là un texte de Norén qui a une modernité de retard. Dommage qu’il ne revienne pas encore à ses mises en scène de l’heptalogie de l’Argentin Rafael Spregelbrud, dont il a monté quelques volets (La Estupidez), dont certains chapitres restent inédits et qui est d’une toute autre percussion !

Démons de Lars Norén, traduction de Louis-Charles Sirjacq en collaboration avec Per Nygren, décor et lumières d’Yves Bernard, musique d’Etienne Bonhomme, costumes d’Anne Schotte, collaboration artistique d’Elise Vigier, avec Anaïs Demoustier, Romain Duris, Marina Foïs et Gaspard Ulliel.

Théâtre du Rond-Point, tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 11 octobre. Texte aux éditions de l’Arche. (Durée : 1 h 45).

Photo Giovanni Cittadini Cesi.

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