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Critiques / Théâtre

Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard

par Gilles Costaz

Un philosophe en folie

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Le déjeuner tourne mal, mais le petit déjeuner, le lendemain, ira mieux. Sacré Thomas Bernhard ! Avec Déjeuner chez Wittgenstein, il a peut-être écrit sa meilleure pièce, car les monologues furieux (sa spécialité, sa marque de fabrique) se croisent avec des dialogues endiablés. Tout part cette fois d’une situation vraisemblable : interné pour problèmes psychiatriques, le philosophe Ludwig Wittgenstein a la permission de rentrer dans sa famille et il est de retour à l’heure du repas de midi. Ses deux sœurs ont mis les petits plats dans les grands ; elles veulent plaire à leur illustre frère et le garder le plus longtemps possible. Mais c’est un penseur fou qu’elles accueillent. Il dévore en éructant. Il s’en prend à son médecin, à ses sœurs, au théâtre, à la musique, au monde entier… Concepts, aliments et objets risquent d’être mis à mal par une telle rage… Mais, au petit matin, l’énervé retrouvera son calme, ayant soufflé une délirante tempête d’insolences.
Le spectacle mis en scène il y a deux ans par Agathe Alexis change de salle. Il passe de l’Atalante au Poche et, à l’occasion, remplace l’une de ses actrices par une autre. Il se retrouve un peu à l’étroit, perdant les avantages de la distance et de l’arrière-plan. Mais la puissance de l’interprétation ne varie pas. C’est l’une des grandes mises en scène de la pièce, bien loin des contorsions aberrantes qu’a pu imaginer Séverine Chavrier qui monta le même texte l’an dernier. Endossant la personnalité de Wittgenstein, Hervé Van Der Meulen saute à tut moment de l’arrogance intraitable à l’enfance désemparée, de l’intelligence triomphante à l’abêtissement bégayant ; il sera, pour notre époque l’un des grands interprètes du rôle. Yveline Hamon joue la sœur la moins cérébrale, réactionnaire de surcroît : elle est splendide dans sa manière de traduire l’acidité imbécile et irritable. Anne Le Guernec succède à Agathe Alexis dans le rôle de l’autre sœur, plus complice, instinctivement relié à ce dément. Son interprétation est différente, plus nerveuse, plus cynique, moins vaporeuse, plus amusée et frontale, trouvant dans la danse une autre façon de défier le conservatisme de la famille. Chaque partition atteint son éclat volcanique.

Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard, traduction de Michel Nebenzhal (éditions de l’Arche), mise en scène d’Agathe Alexis,

Théâtre de Poche-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 45 44 50 21 ; jusqu’au 3 mars. (Durée : 1 h 50).

Photo Pascal Gély.

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